Carrière

3 parcours de cadres reconvertis en franchise

De nombreux managers aspirent à se lancer dans l’entrepreneuriat mais n’osent pas. La franchise s’avère une bonne solution pour faire ses premiers pas à son compte. Soit en tant que franchisé, soit en tant que franchiseur en créant un réseau à partir d’un projet d’activité. Trois cadres racontent leur réorientation professionnelle.

 

Didier Haas webDidier Haas : d’ingénieur chez IBM aux magasins de vélos Cyclable

À 50 ans, ce Francilien qui a fait toute sa carrière chez le géant américain de l’informatique a décidé de transformer sa passion en métier : pratiquant le vélo sous forme de loisir comme de mobilité au quotidien, il souhaite ouvrir un magasin de vente et réparation de cycles. « Le fait d’être en contact direct avec les consommateurs dans un commerce de proximité me plaisait, ajoute-t-il. Après une vie professionnelle comme salarié, l’entrepreneuriat m’attirait pour la liberté qu’il apporte. » Plutôt que de se mettre 100 % à son compte dans sa toute nouvelle activité, il opte pour la franchise par sécurité et participe, en 2016, au salon parisien qui lui est dédié. Là, il rencontre des experts, comptables et avocats spécialisés mais aussi l’enseigne Cyclable qu’il connaît déjà en tant que client. Après avoir été sélectionné, Didier Haas enchaîne stages de terrain et formations techniques pour être fin prêt au moment de l’ouverture de sa propre adresse, en 2017 : il a trouvé un local près de chez lui à La Garenne-Colombes, en banlieue ouest de la capitale.

« La franchise c’est un accélérateur de reconversion, un moyen d’aller plus vite dans son projet tout en étant bien accompagné. La tête de réseau apporte sa notoriété mais aussi les fournisseurs et négocie les contrats en amont ce qui facilite les choses. » L’expérience est si concluante qu’il ouvre un second magasin Cyclable en septembre 2020, distant de 15 km, au Plessis-Bouchard. Didier Haas a souhaité quitter son ancien poste chez IBM pour donner du sens à son travail et il est comblé car il mêle l’utile à l’agréable : « Quand je convertis au vélo un automobiliste, c’est gratifiant, bon pour sa santé et pour la planète. » Des arguments à mettre en avant pour pallier les difficultés de recrutement dans un secteur en manque de main d’œuvre face au boom de la demande, notamment pour les vélos à assistance électrique. « J’aime la dimension managériale de ma fonction, poursuit-il. Il faut réussir à attirer et garder les talents, car il y a pénurie de bons profils. Aimer le vélo est une condition nécessaire mais pas suffisante. Il faut avoir l’esprit d’équipe et le sens du service pour accueillir, écouter, conseiller, réparer. »

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VIRGINIE le prince webVirginie Le Prince : de cadre commerciale chez Clarins à la garde d’enfants à domicile chez Family Sphere

Originaire de Clermont-Ferrand, la quadragénaire est montée à Paris en cours de carrière : en 2005, elle a été nommée au poste de responsable opérationnelle Grands Magasins France pour Clarins. Mais au bout d’une décennie au sein de cette marque de luxe, elle a souhaité bifurquer vers la franchise, à 36 ans et après mûre réflexion. « Les soirs et week-ends, alors que j’étais encore en poste, j’ai fait une étude de marché et rencontré des membres du réseau Family Sphere, pour gagner du temps avant de négocier ma rupture conventionnelle. » Virginie Le Prince a bien pris conscience des changements « en termes de baisse de rémunération, même si aujourd’hui je gagne bien ma vie, et de statut social, car en 2009, passer de cadre supérieur à entrepreneur n’était pas fréquent. » Elle s’installe dans le 14e arrondissement de la capitale comme dirigeante salariée de son agence. « Trois raisons principales ont guidé mon choix, résume-t-elle. J’étais lassée de la hiérarchie, des process, mais je ne me voyais pas partir seule d’une feuille blanche : la franchise fut une évidence par son format hybride, avec un cadre, un savoir-faire, des outils et aussi de la liberté. Ensuite l’envie d’un métier utile, proche de mes valeurs, de mes envies et de mon rythme, apportant un service aux parents qui travaillent et qui ont besoin de faire garder leurs enfants. Enfin le challenge entrepreneurial. »

Elle choisit une franchise nécessitant un faible investissement dans un secteur porteur, où l’activité fait sens et peut démarrer très vite : « Mon apport personnel était de 8 000 euros et j’ai emprunté le reste, soit 70 000 euros sur sept ans, la durée du contrat de franchise. » Fin 2013, elle se forme en parallèle via un cycle dirigeant à HEC, financée par la fédération des services à la personne. « Cela m’a aidé pour la prise de décision, la stratégie, assure-t-elle. J’ai fait un travail pour passer de l’état d’esprit de salariée à la posture de dirigeante car ce n’est ni naturel ni facile, surtout quand on vient d’un grand groupe. » Elle se réjouit également d’avoir pu surmonter les difficultés liées à la pandémie en étant épaulée par son franchiseur et par les autres franchisés : « On s’est entraidé en fonction de nos profils qui étaient complémentaires : plus axé RH, plus commercial. Moi le recrutement, je sais faire grâce à mon expérience chez Clarins : j’ai démarré sans personne et aujourd’hui je fais travailler cent gardes d’enfant à domicile. Mais c’est très compliqué de trouver des profils. »

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florent barboteau webFlorent Barboteau : de commissaire aux comptes chez KPMG à franchiseur dans la vente automobile avec Ewigo

Franchiseur depuis 2013, le quadragénaire a ainsi réussi à concilier l’action avec le conseil, grâce à son propre réseau, Ewigo, intermédiaire dans la vente d’automobiles d’occasion : « Monter sa société sous forme de franchise permet de se développer plus rapidement et sans avoir davantage de capitaux, puisqu’on s’appuie sur les franchisés. Certes, je partage avec eux la valeur, mais je n’aurais jamais pu ouvrir tout seul 120 agences en dix ans ! Il m’aurait fallu trois ou quatre fois plus de temps. Or pour devenir la marque référente, il est indispensable de grandir le plus vite possible… » Ce fan de voitures et de sport automobile, cumule le rôle de décideur qui construit son enseigne et celui de conseiller qui transmet son savoir-faire aux franchisés. « Je trouve formidable de pouvoir leur permettre de se lancer à leur tour dans l’entrepreneuriat, de les aider et de les former, s’enthousiasme Florent Barboteau. C’est un plus pour moi d’échanger non pas avec des salariés mais avec des chefs d’entreprise appartenant à mon réseau : ils sont exigeants et me challengent. »

Diplômé, en 2000, de l’école de commerce EM Normandie, il était plutôt habitué à manager des collaborateurs. Par exemple dans le cabinet de finance de marché qu’il a cocréé, atteignant, en trois ans, 300 employés. Ou, auparavant, dans la société informatique de 1 200 personnes dont il était devenu directeur général. Mais c’est en tant que commissaire aux comptes dans le groupe d’audit, conseil et expertise-comptable KPMG qu’il avait débuté. « Ce furent cinq années très intensives et formatrices, se souvient-il. Néanmoins je restais sur ma faim, ma fonction étant de conseiller, pas d’être acteur. » Désormais, il n’envisage plus le salariat, par goût pour l’entrepreneuriat. « Peu importe l’activité, cela me plaît, constate-t-il. Il ne faut pas avoir peur de changer de secteur. Mais attention, on ne vend bien que ce qu’on apprécie et ce qui nous parle. » Ayant vécu un divorce, il met aussi en garde : « Il ne faut pas sous-estimer la dimension personnelle quand on se met à son compte. Le soutien de l’entourage est primordial face aux nombreux obstacles. De plus, il faut mener une introspection pour connaître son degré de résistance aux difficultés et sa résilience face à l’échec. Sachant qu’en général, la première année, on travaille plus pour gagner moins et avec davantage de stress. »

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