Perte de sens, éthique professionnelle “mise à mal”, surconnexion, surcharge de travail : le dernier baromètre de l’Ugict-CGT sur les opinions et les attentes des cadres n’est guère réjouissant.
“Malgré une situation proche du plein emploi, tous les indicateurs sont au rouge, qu’il s’agisse de leur niveau de rémunération qu’ils sont 56 % à juger en inadéquation par rapport à leur degré d’implication et à leurs responsabilités, ou de leurs conditions de travail”, constate Marie-José Kotlicki, secrétaire générale du syndicat.
Le baromètre 2019 de l’Ugict-CGT permet de connaître les trois priorités des cadres : l’équilibre vie privée – vie professionnelle (66 %), le contenu et le sens du travail (51 %), et le salaire (51 %).
Dans le détail, ils sont respectivement 54 et 65 % des répondants (1) à indiquer que la durée réelle de leur temps de travail et leur charge de travail “augmentent de façon récurrente”, d’année en année.
“Les cadres souffrent de manque de temps de respiration lié à l’intensification du travail et à la diversité des tâches, avec des délais de plus en plus courts. En outre, 72 % d’entre eux estiment ne pas être associés aux choix stratégiques de leur entreprise, ce qui explique la difficulté pour eux à jouer leur rôle, qui est de favoriser l’engagement des équipes et de donner plus de sens au contenu du travail”, indique l’Ugict.
Directives unilatérales, conflits éthiques et surconnexion
Pour 53 % des cadres, les choix et pratiques de leur entreprise “rentrent régulièrement en contradiction avec leur éthique professionnelle”, et 63 % d’entre eux souhaiteraient disposer d’un “droit d’alerte” pour refuser de mettre en œuvre “une directive contraire à leur éthique” et proposer une alternative “sans risquer des sanctions”. Résultat : ils sont 41 % à considérer que le management se détériore.
En outre, 60 % des cadres souhaitent disposer d’un droit à la déconnexion “effectif”, pour “préserver leur vie privée et leur santé”. Car la charge de travail et la surconnexion est pour eux une réalité. Ainsi, 20 % travaillent entre 35 et 39 heures, 33 % entre 40 et 44 heures, 24 % entre 45 et 48 heures, et 23 % plus de 49 heures. En parallèle, 59 % déclarent travailler pendant leurs jours de repos.
“Les cadres sont à la recherche de droits pour ne plus avoir à se soumettre aux directives unilatérales de leur organisation, au risque de sacrifier leur éthique et leur bien-être. Il n’est plus possible de continuer à voir leurs conditions de travail se dégrader ainsi, car cela rejaillit sur leur mobilisation, et ensuite, forcément, sur les autres salariés et la dynamique de l’entreprise”, observe Marie-José Kotlicki.
Renforcer le statut de l’encadrement
La solution, pour l’Ugict-CGT, passe par le renforcement du statut des cadres. Avec les 4 autres organisations syndicales représentantes des cadres (CFE-CGC, CFDT, CFTC, FO), il propose ainsi de “préserver” un “référentiel national interprofessionnel” de l’encadrement, à partir de 3 critères objectifs : le niveau de formation initiale ou acquise, l’autonomie dans le travail et le niveau de responsabilités. Le niveau de rémunération étant ainsi exclu.
“Alors que le Medef souhaiterait cantonner la définition de l’encadrement aux seuls cadres de commandement, nous considérons au contraire qu’il faut y inclure toute sa diversité actuelle au sens large : cadres supérieures, managers de proximité, cadres technico-commerciaux, ingénieurs, personnels de haute technicité, experts…”, résume Marie-José Kotlicki.
L’Ugict propose de construire un “socle commun” à tous les “Ictam” (ingénieurs, cadres, techniciens et agents de maîtrise), avec “des garanties transverses à l’ensemble des professions”. Afin de sécuriser le statut des cadres, le syndicat préconise en outre de confier à l’Apec le contrôle du périmètre, et un pouvoir de sanction.
L’Ugict propose aussi de créer un “droit de refus, d’alerte préventive et d’alternative”, qui permettrait “aux cadres de proposer autre chose, face à des directives susceptibles d’altérer la santé des équipes de travail, ou de menacer la pérennité économique de l’entreprise”.
En matière de temps de travail, le syndicat préconise de limiter les forfaits jour, qui selon Marie-José Kotlicki “contribue à faire exploser la charge de travail du personnel d’encadrement”, aux “cadres à forte responsabilité”, tout en “décomptant les heures travaillées”, afin de déclencher une “alerte” en cas de dépassement d’un seuil maximal. L’Ugict-CGT réclame aussi le paiement des heures supplémentaires.
Enfin, concernant le droit à la déconnexion, Marie-José Kotlicki déplore le fait que malgré son inscription dans la loi en 2017, “la plupart des entreprises, environ 95 %, ne passent pas d’accord lors de la négociation annuelle obligatoire, et se contentent de créer des chartes d’intention, faisant reposer sur les épaules des cadres la responsabilité de s’auto-limiter eux-mêmes”. L’Ugict-CGT réclame ainsi une obligation des entreprises à “négocier avec les organisations syndicales représentatives des accords collectifs fixant les modalités pratiques” du droit à la déconnexion des salariés, notamment des cadres.
(1) Interviews réalisées du 3 au 13 septembre 2019 auprès d’un échantillon représentatif de 1000 cadres.