Les cadres sont toujours plus surchargés de travail et cela déborde sur leur vie privée, selon le dernier baromètre réalisé par ViaVoice et Secafi pour l’Ugict-CGT. Selon le syndicat, ils sont dès lors une majorité à réclamer un vrai droit à la déconnexion, ainsi qu’une meilleure reconnaissance salariale.
À l’occasion de son 19ème congrès, organisé à Rennes du 23 au 26 novembre, l’Ugict a dévoilé les chiffres de son baromètre annuel ViaVoice x Secafi sur les “attentes des cadres au travail”. Parmi leurs préoccupations, en cette période de Covid : le temps et la charge de travail, les salaires, l’organisation du travail et le management, le télétravail et le droit à la déconnexion.
Premier constat de cette étude : Les cadres veulent “travailler et vivre autrement”. Ainsi, explique la CGT des cadres, “après avoir été sur-sollicités durant la crise sanitaire pour maintenir les objectifs et le niveau d’activité dans leur entreprise ou leur administration, les cadres souhaitent une meilleure articulation des temps et veulent reprendre la main sur le sens et la finalité de leur travail. Quitte à devoir affirmer des désaccords avec leur direction”.
“Un débordement de la vie professionnelle sur la vie privée caractérisé”
Selon le baromètre, la charge de travail et le temps passé sur leurs activités professionnelles “vont crescendo”, et ont tendance à “déborder sur leur vie privée”, en particulier depuis la crise du Covid-19. “En première ligne pour réorganiser les process de travail, garantir la continuité de l’activité et la santé des équipes, une majorité de cadres fait part d’une augmentation de leur temps et charge de travail”, indique ainsi l’Ugict-CGT.
Concrètement, 76 % des cadres indiquent être connectés en dehors de leur temps de travail “pour des raisons professionnelles”, 61 % considèrent que leur charge de travail a augmenté depuis l’année dernière, et 53 % que leur temps de travail s’est accru. Ils sont aussi 39 % à déclarer travailler plus de 45 heures hebdomadaires. Enfin, 59 % affirment travailler pendant leurs jours de repos.
“Au vu de ce temps de travail très élevé, l’aspiration à un meilleur équilibre vie privée / vie professionnelle reste donc de loin la première préoccupation des cadres (64 %)”, indique l’Ugict.
“L’urgence d’un droit à la déconnexion effectif”
En conséquence, l’Ugict défend la mise en place, “d’urgence”, d’un “droit à la déconnexion effectif”. Selon son baromètre, 69 % des cadres y aspirent (contre 60 % en 2019), “afin de préserver leur santé et leur équilibre vie privée – vie professionnelle.”
“Les cadres appartiennent à la catégorie socio-professionnelle dont la durée du temps de travail augmente le plus, notamment du fait des forfaits jours qui concernent 50 % des cadres. Alors que ce régime unique en Europe vient d’être condamné par le Comité Européen des Droits Sociaux pour la 4e fois, l’Ugict-CGT appelle le gouvernement à respecter le droit européen et à mettre fin aux forfaits jours sans décompte horaire”, peut-on lire dans un communiqué du syndicat.
“Alors qu’avec la crise sanitaire, le télétravail s’est généralisé chez les cadres et professions intermédiaires, 64 % des cadres considèrent que les pratiques de télétravail sont insuffisamment encadrées, et 75 % qu’elles ne protègent pas des durées excessives de travail et ne garantissent pas le droit à la déconnexion. La situation est encore plus dégradée dans les entreprises de moins de 200 salariés, à cause d’un défaut de représentation syndicale et de négociation d’accord avec les syndicats. Cela démontre l’urgence d’encadrer le télétravail en renforçant l’ANI de 2005”, note l’Ugict. Et d’ajouter : “il y a urgence à ce que patronat et gouvernement en garantissent l’effectivité pour protéger la santé.”
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Un mécontentement salarial qui “explose”
Enfin, le baromètre décrit un mécontentement salarial qui “explose”. Plus d’un cadre sur deux se plaint ainsi, fin 2021, d’une “non-reconnaissance d’un point de vue salarial” de leur implication plus importante, “alors que les accords de performance collective et le chantage à l’emploi généralisent l’austérité salariale.”
“Les cadres s’estiment non reconnus sur le niveau de leur rémunération sur la totalité des indicateurs par rapport à 2019 : au degré d’implication 62 % (+ 6 points) ; à la charge de travail 57 % (+ 1 point) ; au temps de travail réel 56 % (=) ; à la qualification 49 % (+ 1 point) ; aux responsabilités 45 % (+ 2 points)”, écrit l’Ugict.
Les cadres veulent un “droit d’intervention“ éthique
En parallèle, 66 % des cadres se plaignent d’une évaluation individuelle “qui manque de transparence et n’est pas fondée sur les bons critères”. 72 % des cadres indiquent aussi ne pas être associés aux orientations stratégiques, et 53 % d’entre eux considèrent que les choix et pratiques de leur entreprise “rentrent régulièrement en contradiction avec leur éthique professionnelle.”
Finalement, les cadres sont 48 % à souhaiter disposer de “nouveaux droits d’intervention” sur les stratégies et pratiques de leurs entreprises (en matière environnementale et sociale), afin de pouvoir “faire primer leur éthique professionnelle”. 59 % réclament aussi la possibilité de disposer d’un “droit d’alerte dans le cadre de l’exercice de leurs responsabilités”, avec le pouvoir de “refuser de mettre en œuvre une directive contraire à leur éthique”.