Dans certaines situations et particulièrement de crise, votre direction peut vous demander de mentir à vos équipes ou de corroborer ses propres mensonges. Comment parvenir à dissimuler des informations à vos propres collaborateurs et jusqu’où devez-vous aller ?
On nous apprend très tôt que mentir est une mauvaise chose. Cependant, la transparence n’est pas toujours de mise en entreprise. Que faire si votre direction vous demande de ne pas être honnête vis-à-vis de vos collaborateurs ? Faut-il vous résoudre à mentir et existe-t-il des situations plus acceptables que d’autres ? “Être amené à faire passer des messages auxquels on n’adhère pas forcément est un peu le quotidien des managers”, lance Jean-Yves Catin, consultant chez Hommes & Carrières (coaching et recrutement). Reste à savoir où se trouvent vos limites et quelle est la finalité de ce mensonge.
Une forme de protection
“Que le monde du middle management soit confronté aux injonctions que demande la direction, cela arrive chaque jour. Cela dépend à quel niveau cela se passe dans la hiérarchie. Une des fonctions du manager, c’est d’avoir une protection vis-à-vis de ses équipes. On peut ne pas tout dire par protection car pour être respecté, un manager doit faire écran en préservant ses collaborateurs”, souligne le consultant. Tous les mensonges ne sont donc pas forcément mauvais en entreprise. Certains sont même utiles au bon fonctionnement de l’équipe.
Ainsi, Anne Quelennec, psychologue sociale, du travail et RH, rapporte : “Il peut également arriver que l’on ne mente pas au détriment des collaborateurs mais pour éviter que certaines informations soient divulguées à la presse. Lorsque l’on se retrouve confronté à ce genre de situation, il faut le plus possible mentir par omission. Il faut que cela se fasse sur une courte durée et dans un but qui serve l’entreprise comme ne pas perdre sa valeur en Bourse”. Tout n’est donc pas tout noir ou tout blanc. Il s’agit donc de rapidement savoir si l’on vous demande de dissimuler des informations dans l’intérêt de vos collaborateurs et de la société ou à des fins moins nobles. “Même si les membres de son équipe viennent à apprendre la chose, si c’était pour les protéger, alors ils comprendront, assure Jean-Yves Catin. En revanche, s’il s’agit de tirer profit de ce mensonge alors cela ne tiendra pas dans la durée”.
Définir l’objectif du mensonge
“Tout d’abord, il faut essayer de savoir pourquoi l’on vous demande de mentir, tenter de comprendre la démarche qui est celle de vos supérieurs, tout en sachant qu’un mensonge n’est pas quelque chose d’anodin. D’autant que ce n’est pas forcément facile à tenir car un premier en entraînera un second, etc.”, rappelle la psychologue.
Pour Jean-Yves Catin, de par sa fonction, un manager est toujours écartelé entre ses équipes et ce que la direction générale peut lui demander de faire. Et s’il rappelle que des entreprises font beaucoup de choses pour les aider à gérer ce tiraillement, cela reste quelque chose de compliqué. Il précise néanmoins que le phénomène de mensonge purement malhonnête n’est pas légion dans le monde de l’entreprise. “L’encadrement intermédiaire est actuellement plus proche de ses équipes que de la direction parce qu’il y a une certaine forme de désillusion, donc nous sommes plus dans ce phénomène de protection”. S’il semblerait que ce genre de comportement ne soit pas une généralité, que faire lorsque l’on se trouve confronté à une telle demande, qui plus est lorsqu’on ne la cautionne pas ?
Savoir respecter ses limites
“Il y a des personnes qui ont des valeurs qui vont à l’encontre de ces pratiques. Il faut avoir conscience que si on se fait prendre, la confiance sera définitivement perdue. Après, tout dépend de la nature du mensonge que l’on va vous demander de faire. Il peut être pieux ou encore viser à manipuler ou à tromper. Ce ne sera pas la même chose et ce ne sera certainement pas vécu de la même manière”, insiste Anne Quelennec. C’est là que le libre-arbitre entre en jeu pour Jean-Yves Catin qui précise que si on demande à un manager de faire quelque chose qui va à l’encontre de son avis et qu’il ne cautionne pas, libre alors à lui de savoir où et quand il doit cesser de coopérer.
Une tâche qu’il concède être plus facile dans les grandes entreprises où les managers ne sont pas seuls et fonctionnent généralement en équipe. “Ils peuvent ainsi refuser un certain nombre de choses. Si les gens sont capables de se parler et d’échanger, ils vont pouvoir s’adapter et proposer des solutions. C’est là l’importance d’avoir du collectif. C’est certainement plus compliqué dans les petites structures dans lesquelles les managers sont plus isolés”.
Pour la psychologue, on peut faire part de son opinion, dire que l’on est pas d’accord mais que l’on est prêt à trouver une autre solution. Toutefois, si vous êtes amené à mentir et si cela vise à protéger vos collaborateurs, elle recommande de contrôler la façon dont vous allez communiquer et de réfléchir à la manière la plus favorable de présenter les informations que vous donnerez. “Manipuler n’est en revanche pas défendable moralement. Cela peut arriver lorsque l’on souhaite obtenir quelque chose de quelqu’un en lui disant qu’il obtiendra une prime s’il s’investit. Tout ne se sait pas toujours, mais le monde est petit et il vaut mieux éviter d’avoir à en passer par là”.
Enfin, si vous vous êtes laissé prendre dans l’engrenage et que vous arrivez à un point de non retour, Anne Quelennec explique : “Si on le vit difficilement et que l’on n’arrive pas à gérer, il aurait fallu ne pas rentrer dans ce mensonge dès le départ, dire d’emblée que l’on n’était pas d’accord. Mais si c’est le cas, il faut dire à sa direction qu’on ne tient plus et chercher une solution ensemble. Dans une entreprise, la transparence est toujours ce qu’il faut privilégier. Il faut essayer de ne pas mentir dans la mesure du possible car c’est déconsidérer les personnes qui se trouvent en face de soi”. Jean-Yves Catin rappelle que c’est avant tout un problème de moral, propre à chacun et commun à la vie de tous les jours. Toutefois, il estime qu’aujourd’hui, les gens sont très bien informés et que s’il y a certes des manipulateurs, ils ne sont heureusement pas une généralité.