En comparaison à l’assurance automobile de monsieur Toutlemonde, les contrats des flottes d’entreprise obéissent à des règles différentes. Ils concernent par définition l’ensemble des véhicules d’une société, qui peuvent être détenus indifféremment sous le régime de l’achat ou du contrat de location et répondre à des usages très différents : utilitaires, véhicules légers proposés aux salariés ou flotte d’autopartage par exemple. Il n’est pas question de bonus/malus, mais la tarification est basée sur la mutualisation. Elle dépend bien entendu de la valeur des véhicules classés par catégorie, le kilométrage réalisé, les antécédents de l’entreprise (c’est-à-dire son historique en matière d’accidents) et surtout l’activité qui est pratiquée par les véhicules. Celle-ci détermine en effet en grande partie l’importance du risque à assurer.
Pour les assureurs, toutes les activités ne se valent pas. Certaines génèrent des coûts d’accidents élevés, à commencer par le transport des voyageurs. En dépit des efforts des entreprises, le risque corporel reste fort, tout simplement en raison du nombre de passagers concernés en cas de sinistre. La location courte durée est également un secteur qui rencontre beaucoup de difficulté en matière d’assurance : « Le véhicule peut être loué par un bon ou mauvais conducteur, il n’y a que très peu de vérifications. Cette non maîtrise crée un risque de sinistralité de fréquence et d’intensité très fortes« , explique Christian Danel, responsable marchés flottes maritime et transport chez MMA Assurances. Le transport routier est aussi en première ligne en raison de la taille des véhicules qui peut générer des sinistres de grande ampleur, un risque multiplié par le kilométrage élevé qu’ils réalisent. C’est aussi le cas des sociétés assurant des livraisons en milieu urbain avec des trajets non réguliers et des conducteurs qui changent régulièrement.
Des coûts en constante augmentation
Fin 2021, parmi tous les types d’assurances automobile, les flottes étaient celles qui enregistraient la plus forte augmentation des cotisations avec 4,7 % de hausse selon les chiffres de France Assureurs. Elles répercutent en partie la hausse du coût des accidents, même si ces derniers sont de moins en moins nombreux. Les dommages corporels génèrent ainsi des soins toujours plus coûteux en raison des progrès de la médecine, tandis que les demandes d’indemnisation s’avèrent de plus en plus fréquentes et importantes.
Du côté des accidents matériels, le coût des réparations est lui aussi en constante progression à cause de la plus grande sophistication des véhicules. C’est particulièrement spectaculaire en ce qui concerne les bris de glace : avec la généralisation des caméras et des capteurs intégrés aux pare-brises, son montant global a augmenté de… 60 % depuis 2012, toujours selon les chiffres de France Assureurs qui pointe une hausse du coût moyen des sinistres matériels située entre 2,5 % et 4,8 % par an depuis 2017. Pour compenser, les entreprises sont incitées à l’autoassurance, c’est-à-dire d’assumer elles-mêmes les conséquences des petits sinistres. C’est le constat exprimé par l’Association pour le Management des Risques et des Assurances de l’Entreprise dans son rapport sur l’état du marché et perspectives 2023 des Assurances d’entreprise : « Dans ce contexte, seuls les programmes de flotte automobile avec des montages structurés en auto-assurance (…) peuvent résister à ce marché haussier. » Christian Danel confirme : « Un coût insupportable pour un particulier ne l’est pas nécessairement pour une entreprise qui peut être capable par exemple de payer le bris de glace. Transférer à l’assurance ce type de petit sinistre, c’est aussi synonyme de charges et taxes supplémentaires. » L’autoassurance est d’ailleurs rendue plus facile à mettre en œuvre grâce à de nouveaux outils numériques de déclaration des sinistres comme par exemple ROpti Sinistre de RSolutions-expertises qui permet de chiffrer automatiquement les dommages, et ainsi donner le choix au gestionnaire de flotte de déclarer ou non le sinistre à son assureur.
Un maître mot : la prévention
Face à la hausse des coûts des sinistres et au manque de rentabilité globale du secteur des flottes, les assureurs se montrent désormais très exigeants. « Pour chaque entreprise, ils regardent la fréquence de risque : tous ont diminué la valeur qui était acceptable, la plupart l’ont divisée par deux. Si elle n’est pas maîtrisée, ils refusent carrément de maintenir les entreprises dans leurs portefeuilles« , complète Christian Danel. C’est pourquoi les entreprises sont incitées par les assureurs à mettre en œuvre des plans de prévention du risque routier. Ces derniers impliquent un investissement fort de la direction, mais ne sont pas nécessairement coûteux. Christian Danel évoque le cas de ce spécialiste des livraisons qui a obtenu une diminution de 15 % du coût annuel de ses sinistres en envoyant un simple courrier à ses salariés à la veille de périodes à risque. Avoir une politique de suivi après chaque sinistre en mettant en place systématiquement un entretien avec le conducteur concerné a également fait ses preuves, tout comme les formations en éco-conduite dont l’impact est positif, car elles incitent à une conduite plus souple. Des solutions qui nécessitent cependant un réel suivi et un renouvellement constant pour rester efficaces.