Carrière

Catherine Testa : “Oui, on peut avoir un TDAH et réussir sa vie professionnelle !”

Vous avez dix idées à la minute et vos collègues ont du mal à vous suivre ? Votre manager vous reproche un manque de concentration et d’organisation ? Vous avez tendance à procrastiner ? Avoir un TDAH (trouble déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité) n’est pas sans conséquence sur la vie professionnelle. À travers son expérience et son témoignage, Catherine Testa, fondatrice du site L’Optimisme et autrice du livre TDAH, et alors ? Comprendre son trouble de l’attention peut tout changer (Michel Lafon), partage des clés et des conseils pour retrouver de la sérénité. Et même, pourquoi pas, faire de cette différence un atout.

Comment définir un TDAH ?

TDAH est l’acronyme de trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité. Il s’agit d’un trouble du neurodéveloppement, quelque chose avec lequel on a, finalement, toujours vécu. Notre cerveau fonctionne différemment de celui des autres. Ce trouble concerne, selon les études, entre 2,5 % et 5 % des adultes et entre 3 % et 6 % des enfants. Si on vulgarise, on peut dire qu’il existe trois types de TDAH : l’inattention, l’hyperactivité et un type mixte. Il n’y a donc pas un, mais plusieurs TDAH, qui s’expriment de manière très différente. Chez les adultes, moins de 1 % des personnes seraient diagnostiquées, ce qui signifie que beaucoup vivent probablement avec ce trouble sans le savoir.

On peut donc bien vivre avec un TDAH…

Oui, chacun compose et compense à sa manière. Il y a 20 ou 30 ans, le TDAH n’était pas diagnostiqué comme aujourd’hui. Beaucoup d’entre nous ont donc compensé jusqu’à ce qu’un événement de vie – un changement de boulot, la naissance d’un enfant, un divorce – rende les mécanismes de compensation insuffisants. Le corps finit par craquer. C’est pourquoi de nombreux diagnostics ont lieu à l’âge adulte. Comme pour l’endométriose, le fait d’en parler davantage libère la parole, entraîne des prises de conscience et pousse des personnes à consulter en se reconnaissant dans les symptômes.

Qu’est-ce qui vous a amenée à vous faire diagnostiquer ?

La souffrance. Je me noyais dans un verre d’eau. Après cinq ans d’entrepreneuriat, je ne m’en sortais plus. Longtemps, j’ai pensé être simplement désorganisée ou sujette à la procrastination. À un moment, j’ai cru être en burn-out, mais ce n’était pas ça. J’ai consulté, pleine de doutes, en cherchant une réponse : pourquoi je ne m’en sortais plus alors que j’avais très bien réussi à compenser pendant 35 ans ?

Qu’est-ce que le diagnostic a changé pour vous ?

Cela m’a déjà enlevé beaucoup de culpabilité. J’ai compris que je n’étais pas inférieure aux autres. J’étais dans un déficit de confiance, persuadée que les autres savaient anticiper, et pas moi. Je travaillais dans l’urgence, envoyant mes dossiers en pleine nuit pour respecter les délais et ne pas stresser mon équipe. Le diagnostic a été un point de départ pour retravailler ma vie, optimiser mon organisation et mon temps, et être plus fonctionnelle.

Concrètement, qu’avez-vous changé dans vos manières de travailler ?

Tout ! (rires). Je pensais être simplement impulsive et hédoniste, attirée par la nouveauté qui me donnait de la dopamine. Désormais, j’évalue le temps que chaque tâche me prend réellement et j’apprends à prioriser. Je fais des to-do lists, établis des priorités et me crée des systèmes de récompense pour des tâches comme l’administratif. J’ai arrêté d’accepter systématiquement tous les nouveaux projets et adopté des outils de gestion du temps : méthode Pomodoro, matrice d’Eisenhower, etc.

En lien avec la gestion du temps, la procrastination est un vrai sujet quand on a un TDAH, non ?

Complètement. Il y a ce qu’on appelle la task paralysis : on reporte une microtâche (envoyer une facture, un email, faire un virement…) jusqu’à ce qu’elle devienne urgente. Paradoxalement, on est souvent très efficace dans l’urgence. Cela fonctionne si l’on se connaît bien, mais peut poser problème pour tenir des délais. La procrastination est aussi liée à une distraction facile, souvent appelée syndrome de l’objet brillant. Par exemple, on ouvre un mail, puis 50 autres, et en fin de journée, le premier mail reste sans réponse.

Quels conseils donneriez-vous aux managers qui ont ce profil dans leur équipe ?

D’abord, savoir qu’un TDAH peut se manifester de multiples façons, comme l’inattention. Certains auront du mal à se concentrer en réunion ou en open-space à cause du bruit ambiant. D’autres auront des problèmes de mémoire à court terme : ils peuvent oublier une consigne si leur attention s’est portée ailleurs. Pour aider :

  • Écrire systématiquement les consignes ;
  • Éviter les instructions données “au passage” dans un couloir ;
  • Structurer les réunions avec un ordre du jour et un cadre clair (ex. : bâton de parole) ;
  • Fournir des outils adaptés : casque anti-bruit, ballons-sièges pour les micro-mouvements, etc. ;
  • Fragmenter les projets en tâches claires avec des étapes intermédiaires ;
  • Aider à la gestion du temps avec des rétroplannings et des points réguliers.

Attention également à la surcharge : les TDAH peuvent surestimer leurs capacités et accepter trop de projets. Le manager joue alors un rôle clé pour canaliser cette énergie et prioriser les projets essentiels.

Avoir un TDAH n’empêche donc pas de réussir ?

Absolument, on peut avoir un TDAH et réussir sa vie professionnelle ! Les personnes avec un TDAH ont même des atouts : elles savent gérer l’urgence, sont très créatives et possèdent souvent une culture générale riche grâce à leurs passions successives. Si elles papillonnent parfois, elles peuvent aussi se concentrer intensément sur une tâche pendant des heures ou des jours, de manière presque obsessionnelle. Face au changement, ces profils sont aussi fiables, agiles et capables d’un grand investissement. En revanche, il faut surveiller le risque de burn-out, un rôle crucial pour le manager qui doit veiller à ce bon équilibre.

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