Judokate française la plus médaillée, Clarisse Agbegnenou a renoué avec le succès international, en devenant championne du monde des -63kg, à Doha, au Qatar, pour la sixième fois. Et ce moins d’un an après être devenue maman. De nouveau au sommet de la hiérarchie mondiale, la Française vise désormais l’or olympique à Paris en 2024. Nous l’avions rencontrée (1) pour qu’elle nous explique comment elle gère le stress, la pression et les échecs. Découvrez les conseils de cette championne hors-norme.
Peut-on se préparer à l’échec ?
Clarisse Agbegnenou. Je suis très perfectionniste, j’aime bien la performance et que tout soit millimétré. Même quand je gagne, je trouve des défaites un peu partout. Souvent mes proches m’encouragent en me disant “tu ne peux pas perdre”. Je leur réponds que je suis comme tout le monde, je suis humaine et que cela peut arriver. Évidemment, la défaite n’est pas facile à gérer, car je suis quelqu’un de compétitif et il faut l’avouer, personne n’aime perdre. Mais il faut l’accepter pour mieux rebondir.
Comment se prépare-t-on à un enjeu de l’ampleur des JO ?
C.A. On n’est jamais préparé pour aller aux Jeux olympiques. Pour moi, l’objectif est de s’entraîner comme pour les autres échéances, comme s’il s’agissait d’un championnat du monde. L’important est de ne pas se mettre la pression.
D’ailleurs, comment faites-vous pour gérer la pression ? Vous avez dit à plusieurs reprises que “la tactique c’est la concentration”. Comment faites-vous pour vous concentrer et vous déstresser ?
C.A. De nature, je ne suis pas une personne très stressée, donc ça m’aide beaucoup. C’est une chose que j’ai moins à travailler avant les compétitions. Mais pour rester concentrée et essayer d’extérioriser les choses, je me suis beaucoup aidée du yoga. En compétition, il y a toujours un stress, mais c’est du bon stress et j’aime ça ! Je me dis “t’es là parce que tu adores ça, pourquoi vas-tu stresser ?” J’essaye de me dire des choses positives et quand j’arrive sur le tapis, je suis tellement heureuse que je me dis “donne tout, c’est maintenant”.
Vous vous encouragez beaucoup. Est-ce un moteur essentiel pour se surpasser ?
C.A. Oui, je pense parce que si tout le monde croit en toi mais que toi, tu n’as pas confiance en toi-même, ça ne sert à rien d’aller sur le tapis. Face à l’adversaire, personne ne peut nous donner cette confiance. C’est pareil dans la vie, il faut avoir des pensées positives pour atteindre ses objectifs. Je m’encourage en me disant que je suis la meilleure, que je vais y arriver et que je me suis entraînée pour. Ce sont des pensées qui me boostent et qui sont essentielles.
En tant que manager, quels sont selon vous les mots à prononcer pour permettre à ses équipes de se surpasser ?
C.A. Quand on est manager ou entraîneur, il ne faut pas dire de choses négatives. Je pense que c’est ce que je ferais. Commencer des phrases par “ne pas”, même pour dire quelque chose de positif, ce n’est pas bon. Il faut plutôt adopter un discours valorisant : “Tu vas le faire, tu peux le faire, tu as appris, tu œuvres pour y arriver”. Ce sont des paroles qui sont fortes et essentielles selon moi. Ce qui est important aussi, c’est le plaisir. Si on ne prend pas de plaisir dans ce que l’on fait, on n’y arrivera pas. Et les managers doivent l’avoir en tête.
On sent en vous cette envie de tout gagner. Vous êtes une battante depuis toujours : vous êtes née prématurée à 7 mois et avez passé les premiers jours de votre vie dans le coma. Pensez-vous que les épreuves peuvent forger un caractère et donner la rage de vaincre ?
C.A. Je pense oui. À chaque fois que je vois quelqu’un qui chante bien, je me dis “cette personne a de la chance, elle a un talent”. Puis je réfléchis et je me dis qu’être née comme cela et m’être battue pour vivre, c’est mon talent. Et qu’au final, c’est ce qui fait qu’aujourd’hui je me bats pour toutes les choses que j’entreprends.
En matière d’égalité hommes-femmes, les problématiques sont les mêmes dans le monde de l’entreprise que dans le sport. Selon vous, comment les managers peuvent valoriser les équipes féminines ?
C.A. Que ce soit dans le sport ou dans la vie professionnelle, les combats sont les mêmes en effet et il faut que les managers aient conscience que sans les femmes, ça ne peut pas marcher (rires). Ils devraient donc faire davantage confiance aux femmes. Car souvent, dans une équipe, quand il y a une femme, cela fonctionne bien. Elles savent être directives et arrivent parfaitement à gérer les choses. Il faut juste leur donner une chance. Être une femme, c’est un genre mais c’est avant tout être une personne. Donc les choses devraient être plus équitables, surtout à niveau d’études comparable et à compétences égales.
Vous arrive-t-il de renoncer ?
C.A. Jamais ! À moins que je ne veuille pas faire quelque chose, là je renonce. Mais quand je veux quelque chose, souvent je l’obtiens.
Crédit photo : Léo-Paul Ridet.
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(1) Interview réalisée par Camille Boulate, extraite du numéro de décembre – janvier 2020 du magazine Courrier Cadres.