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Comment le télétravail devrait bousculer l’immobilier d’entreprise

La généralisation du télétravail qu’entraîne la crise du Covid-19 pourrait avoir de fortes conséquences macro-économiques, notamment sur la demande en immobilier d’entreprise. C’est le constat établi par des chercheurs de la Banque de France.

“Pendant la crise du Covid-19, le recours massif et contraint au télétravail a permis d’assurer la continuité de certaines activités. Si la plupart des pays ont progressivement autorisé les travailleurs à revenir dans leurs entreprises, l’année 2020 représentera un tournant majeur dans le développement du télétravail à long terme, avec d’importantes conséquences pour la demande en immobilier d’entreprise” : tel est le constat établi par deux chercheurs de la Banque de France, dans une note publiée le 14 septembre.

Dans leur étude, les économistes Antonin Bergeaud et Simon Ray mettent en exergue le lien entre les coûts d’ajustement de l’immobilier d’entreprise pour une société, par rapport à sa main-d’œuvre. Selon eux, “le développement massif du télétravail devrait accroître le taux d’utilisation des actifs immobiliers résidentiels, et entraîner une baisse des coûts de mobilité”. Il pourrait ainsi, “potentiellement”, renforcer le taux de marge des entreprises.

 

De nouvelles dépenses pour les salariés

L’autre conséquence de la généralisation du télétravail, c’est l’externalisation, auprès des salariés, de “la tâche de trouver et d’organiser leur espace de travail”. Autrement dit, si le télétravail devrait signifier pour les entreprises l’opportunité de faire des économies de loyers substantielles, il entraînera aussi de “nouvelles dépenses” pour les collaborateurs, notamment chargés de prendre à leur charge l’aménagement d’un “bureau” à leur domicile, l’utilisation de davantage d’énergie, ou encore de chauffage.

Ainsi, les entreprises devraient se retrouver forcées de reverser aux salariés “une partie des économies de coûts immobiliers” réalisées. Dans le même temps, “le gain de temps de transport pourrait tempérer les demandes de compensation de la part des employés”. Finalement, “l’effet direct sur les marges bénéficiaires sera déterminé par la part d’économies réalisées par l’entreprise, mais aussi par le pouvoir de négociation des salariés”, observent les chercheurs.

 

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Des conséquences bénéfiques sur la croissance des entreprises

La généralisation du télétravail devrait aussi avoir un impact important sur la croissance des entreprises. Les chercheurs de la Banque de France constatent que les entreprises affectées par des chocs de productivité peuvent se montrer “réticentes à ajuster leur emploi”. Elles sont ainsi conduites à ne plus embaucher de nouveaux salariés ; en raison des “contraintes d’espace qui entraîneraient d’importants coûts fixes, notamment une hausse de la fiscalité”. Or, le développement massif du télétravail “pourrait atténuer ces contraintes, la complémentarité entre immobilier et travailleurs se réduisant considérablement”, indiquent-ils.

Pour les entreprises, l’immobilier constitue une charge de plus en plus importante. En particulier dans le secteur des services. Pour cette raison, l’immobilier constitue “un obstacle majeur à la croissance des entreprises”, en freinant “l’augmentation de leurs effectifs”, résument les chercheurs. Libérés des coûts d’ajustement des surfaces de bureau, les organisations pourraient ainsi recruter davantage, et produire plus. “Si le télétravail permettait d’assouplir certaines contraintes liées à l’immobilier, les effets en matière de dynamisme des affaires pourraient se révéler importants”, notent Antonin Bergeaud et Simon Ray.

 

Un frein aux prêts bancaires ?

Enfin, le télétravail devrait entraîner, estiment les chercheurs, une baisse de la part de l’immobilier dans les bilans des entreprises, ce qui pourrait impacter leur accès au crédit bancaire.

“En réduisant la part d’actifs immobiliers dans les bilans des entreprises, le télétravail peut altérer la capacité d’emprunt de celles-ci et diminuer la proportion d’endettement financier sous forme de prêts. Cela pourrait réduire la part d’actifs physiques corporels et exacerber les contraintes de financement”, expliquent les économistes.

Actuellement, le fait pour une entreprise d’être propriétaire de ses locaux est un avantage pour accéder à des financements, les actifs immobiliers ayant une valeur “quasi certaine à la revente”. Mais avec le télétravail, la donne devrait changer. D’autant plus que le travail à distance ayant un impact sur le volume de biens immobiliers, il devrait aussi réduire la demande d’immobilier d’entreprise, donc “faire baisser les prix”, conclut l’étude.

 

 

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