Les avantages d’apprivoiser la communication non verbale sont nombreux : savoir décoder le langage corporel de son interlocuteur, anticiper ses réactions, analyser les situations, repérer les non-dits, et finalement communiquer plus efficacement. Explications de Martine Story, chercheuse en administration des entreprises au Business Science Institute, directrice du cabinet de conseil Altheo, et auteure du livre Au-delà des mots, guide de la communication non verbale (Dunod, 2022).
En quoi consiste la communication non verbale ?
Notre communication est de plusieurs natures. Il y a d’abord ce que nous disons. Il s’agit de quelque chose d’extrêmement contrôlé et maîtrisé : nous faisons attention aux mots que nous utilisons. Il y a ensuite la façon dont nous le disons. Cela repose sur la voix et la prosodie, c’est-à-dire le ton, l’intonation, les pauses, le rythme, le tempo, le débit. Il y a enfin ce qui relève du domaine visuel.
Plusieurs études, notamment celles du psychologue Albert Mehrabian, ont montré l’importance de la façon dont le message que l’on souhaite véhiculer est communiquée par la voix et la dimension visuelle. Le spécialiste en communication Philippe Turchet s’est de son côté penché sur le langage du corps, participant à créer une nouvelle discipline : la synergologie. Elle consiste à décoder les mouvements corporels inconscients, qui constituent une communication non verbale.
Pourquoi est-ce intéressant pour les managers ?
Cette lecture de la communication non verbale est susceptible de permettre aux managers d’avoir un coup d’avance. Décoder le langage corporel de son interlocuteur permet d’anticiper ses réactions, de comprendre ce qui se joue réellement au-delà des mots, et ainsi de communiquer de façon plus efficace.
Avec la synergologie, le manager comprend mieux ce qu’il se passe au sein de son équipe. Dès le début d’une réunion, les participants laissent des indices sur les relations qui se jouent entre les collaborateurs, à travers la façon dont ils se positionnent dans l’espace ; par exemple, si certains se tiennent à distance des autres, ou s’installent en bout de table. Décoder cette dimension périverbale, que l’on appelle la proxémie, permet de détecter les jeux d’alliance, les mésalliances, les signes de malaise. En analysant la posture corporelle d’un individu, il est aussi possible d’avoir des indices sur sa personnalité. Si son corps est rigide ou au contraire souple, s’il se tient en arrière ou en avant, vous serez capable de savoir s’il est davantage introverti ou extraverti, par exemple.
La communication non verbale concerne aussi le corps en mouvement ?
Tout à fait. A travers le décryptage des gestes (hauteur des mains, amplitude des mouvements, position des jambes) de votre interlocuteur, vous pourrez avoir un aperçu de son état de pensée lors de vos échanges. Vous pourrez mieux décoder ses émotions, afin de mieux communiquer avec lui. Des informations peuvent notamment être décelées sur l’ouverture de la personne, sa mise en retrait, ou encore son scepticisme par rapport à ce qu’il se passe. Il est ainsi possible d’avoir une vision plus claire du ressenti de son collaborateur, par rapport à un sujet ou un projet donné.
Toutes ces observations sont susceptibles de fournir au manager des indicateurs et des outils pour mieux interagir avec ses équipes. S’il détecte un manque d’intérêt chez certains salariés lors d’une réunion, ou les signes d’une non-adhésion au projet présenté, il peut les interpeller et leur demander d’exprimer leur ressenti.
Y a-t-il des limites à l’interprétation ?
Oui, il faut rester prudent, car certaines postures, comme le fait de garder les bras croisés, ne sont pas nécessairement des signes de fermeture. Il faut se méfier des biais qui peuvent nous induire en erreur et nous conduire à émettre de fausses hypothèses. L’analyse de la communication non verbale nécessite de faire preuve d’humilité, sans quoi il est facile de plaquer un jugement à l’emporte-pièce à la lecture d’un simple indice, et de se tromper.
Le manager peut-il aussi jouer sur son propre langage non-verbal, afin de transmettre de l’empathie par exemple ?
Oui, mais dans une certaine mesure. La limite de cet exercice est de rester naturel. Si vous forcez votre langage, cela se ressentira. Il faut avant tout rester soi-même. Mais à partir du moment où vous êtes sensible à la communication non verbale, vous ferez forcément davantage attention à la vôtre.
Un manager doit s’assurer que sa communication favorise l’échange et la compréhension avec ses interlocuteurs. Il a tout à gagner à se montrer disponible et à l’écoute de ce qu’il se passe (ce qui est dit et ce qu’il observe), afin d’être en empathie avec son interlocuteur, et de communiquer de façon plus efficace.
S’il veut instaurer un dialogue de confiance, il aura finalement tout intérêt à décroiser ses bras et ses jambes, afin d’adopter un langage corporel qui aille dans le sens de ce qu’il souhaite transmettre : l’ouverture et l’échange.
Faudrait-il former les managers à ce sujet ?
Ce sujet du langage corporel est peu abordé lors des formations managériales, et gagnerait sans doute à l’être davantage. Dans le monde de l’entreprise, le décodage de la communication non verbale par les managers, mais aussi par les dirigeants, pourrait constituer un levier important au service du bien-être des salariés et du climat social de l’entreprise.
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