Les résultats d’une enquête du Boston Consulting Group sur l’expérience des salariés pendant la pandémie offrent un aperçu de la façon dont les entreprises pourront maintenir ou “améliorer” la productivité de leurs employés après la crise.
Entre juin et juillet 2020, le Boston Consulting Group (BCG) a mené une enquête auprès de 12 000 salariés (en majorité des cadres) américains, indiens et allemands, au sujet de leur sentiment face au travail à distance, généralisé depuis la pandémie.
Des salariés “étonnamment productifs” pendant la pandémie
“Compte tenu de la rapidité et de l’ampleur (1) des changements liés à la pandémie, nous nous attendions à une baisse de la productivité des salariés. Mais si certaines personnes interrogées ont effectivement signalé une telle baisse, un nombre étonnamment important d’entre elles ont déclaré avoir pu maintenir, voire améliorer leur productivité”, observe-t-il ainsi.
Ce constat “s’applique à toutes les zones géographiques, ainsi qu’à ceux qui ont continué à travailler sur site. Ce qui indique que ce sont les changements dans les méthodes de travail qui ont eu un impact”, note le cabinet. L’étude se penche ensuite sur plusieurs “facteurs clés” pour améliorer la productivité des salariés une fois la pandémie passée, et pérenniser les fruits positifs nés de la crise. Des facteurs observables chez les personnes qui se sont senties productives malgré le chamboulement organisationnel né de la pandémie.
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Connectivité sociale virtuelle
En s’intéressant à la “connectivité sociale” mise en place dans les entreprises, le cabinet a constaté que les salariés ne bénéficiaient pas de “la même possibilité d’interagir entre eux que celle qu’ils avaient dans les locaux”.
Ainsi, “ils sont nombreux à regretter la possibilité de se rendre spontanément dans le bureau d’un collègue pour discuter d’un problème”, ainsi que les “moments de rencontre au travail”.
Selon Deborah Lovich, directrice générale du BCG, “il est essentiel pour les dirigeants de recréer cette connectivité, quel que soit l’endroit où se trouvent les salariés, car elle multiplie par 2 ou 3 la productivité”. Aux dirigeants et aux RH, donc, de réfléchir à des manières de reproduire des interactions “plus informelles” qui ont lieu sur les lieux de travail physiques. Le BCG cite à titre d’exemple GitLab, une entreprise qui n’a jamais eu de bureaux, et qui encourage les employés à consacrer quelques heures par semaine à des “pauses café virtuelles”, ou qui les pousse à utiliser Slack “pour des conversations informelles”.
Santé mentale et physique
L’étude montre une “corrélation entre la santé mentale et la productivité”, ainsi qu’entre le travail d’un salarié et sa forme physique.
“Il est essentiel que les employeurs reconnaissent les liens entre l’état mental et le travail d’un employé, et incitent aussi ce dernier à prévoir du temps pour le sommeil et l’exercice physique dans ses nouvelles routines de travail”, note le cabinet.
Pour aider leurs salariés à “gérer les contraintes” liées au télétravail (brouillage des frontières vie professionnelle – vie privée, burn-out), et soutenir ceux qui “ont des problèmes de santé mentale”, les entreprises ne devraient pas hésiter, conseille le BCG, à mettre en place des séances de thérapie gratuites, ou des “services de conseil et de soutien”, confidentiels, pour “aider les employés à relever les défis liés au travail et à leurs problèmes personnels”.
Du côté de la santé physique, puisque l’accès à une salle de sport d’entreprise n’est pas possible dans le cadre du travail à distance, les employeurs devraient “encourager leurs salariés à pratiquer une activité physique”. En leur proposant, par exemple, des séances de méditation ou de fitness en ligne, ou encore des “webinaires sur la santé”. Le BCG recommande aussi aux entreprises de mettre en place des “walking meetings”.
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Un soutien matériel
Restent les outils numériques et le soutien matériel à apporter aux salariés qui travaillent à distance, que cela soit en “full remote” ou plusieurs jours par semaine. Le BCG souligne l’importance des outils qui leur permettront de réaliser leurs tâches quotidiennes, mais aussi de collaborer avec leurs collègues ; un “important levier de productivité”.
Le soutien matériel apporté par l’employeur “peut aller d’une aide pour créer un poste de travail confortable, via une allocation pour l’achat d’équipements, au financement de la connexion haut débit, jusqu’à la livraison à domicile d’ordinateurs et d’équipements de bureau”, constate Deborah Lovich.
“Un nouveau monde du travail”
Enfin, observe le BCG, l’étude aura révélé “un changement significatif dans les attentes des employés”. Ainsi, 60 % des salariés interrogés ont appelé de leurs vœux “une certaine flexibilité dans leur lieu, leurs moments et leurs méthodes de travail”.
“Cela signifie que les employeurs devront s’efforcer de mettre en place de nouveaux systèmes qui leur permettront de continuer à soutenir et à accroître la productivité sur le lieu de travail, qu’il soit physique ou virtuel. Seuls ceux qui y parviendront seront en mesure de répondre aux désirs de toute une nouvelle génération de talents”, conclut Deborah Lovich.
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(1) Selon le BCG, la pandémie a obligé 40 % des entreprises à “déplacer” 40 % de leurs effectifs vers le travail à distance. Les 60 % de salariés restant dans les locaux des organisations ont de leur côté “vu leur expérience du travail être radicalement transformée par la distanciation sociale et la collaboration à distance avec leurs collègues”.