Un père de famille plaque tout pour racheter un zoo : le parfait pitch hollywoodien, d’ailleurs tourné il y a un peu plus de dix ans, avec Matt Damon en tête d’affiche : « Nouveau départ », le titre, résume aussi l’histoire de Sébastien Musset, 44 ans et quatre enfants. Il a la sensation que toutes les étapes de sa vie le mènent à la folle aventure entrepreneuriale des Terres de Nataé.
Alité à cause du Covid-19, il tombe sur une info qui ne laisse pas indifférent ce Breton d’origine, passionné d’animaux depuis l’enfance : la liquidation judiciaire, en début d’année dernière, du zoo de Pont-Scorff dans le Morbihan, fermé au public depuis fin 2019. « J’ai toujours vécu avec chiens, chats, oiseaux, aquariums et même tortues terrestres et kangourous, comme actuellement à la maison… Ma femme a fini par en plaisanter : « Il faut que tu arrêtes ou alors tu achètes un zoo ! » Elle ne croyait pas si bien dire… » Car le cap de la quarantaine le pousse à s’interroger : « J’avais envie d’être utile, de donner du sens et je me suis demandé ce que je pourrais faire de bien. J’ai pensé à la préservation des espèces animales menacées. » Pourtant, son parcours professionnel a commencé par la gestion des ressources… humaines ! Diplômé en 2002 de la prestigieuse école d’ingénieurs généralistes Centrale Paris, il intègre la DRH des Assurances générales de France (AGF) : « J’avais alors le sentiment de pouvoir transformer l’entreprise pour le bien-être des salariés et de l’organisation elle-même. J’adorais négocier avec les syndicats. »
Au bout de deux ans, souhaitant internationaliser son profil, il entre au Crédit Agricole pour s’occuper de fusions-acquisitions en Asie, mission qui s’arrête en 2009 suite à la crise économique des subprimes. Il passe alors sept ans chez le réassureur Scor, aux côtés de son dirigeant, Denis Kessler, mais finit par dire stop afin de préserver sa vie personnelle. Pour sortir du secteur banque-assurance, il devient, pendant trois ans, directeur général d’Econocom, spécialisé dans l’accompagnement de la transition numérique des entreprises.
En 2017, il déménage en famille de la région parisienne à Perros-Guirec, dans les Côtes-d’Armor, sur les terres de son enfance, où il est toujours installé. Il fait la navette avec Brest, où se trouve le siège de son nouvel employeur, le groupe de bancassurance Arkéa : « J’ai été, pendant trois ans, le directeur général adjoint, aidant à la naissance de sociétés. » Un poste qui lui donne l’impulsion de l’entrepreneuriat : en parallèle, il acquiert, avec sa femme, un restaurant dans leur ville de résidence. « J’avais invité mes grands-parents à cette table gastronomique avec ma première paie. Je l’ai achetée car j’avais envie de lancer mon propre projet. Or, je n’ai pas assez confiance en moi et je ne suis pas assez créatif pour partir d’une feuille blanche… En revanche, je sais reprendre des affaires. Nous avons revendu cet établissement qui m’a permis de me tester comme entrepreneur et de me convaincre que c’était possible. »
Le nouveau défi qu’il s’est donné depuis plus de deux ans est encore plus relevé. Sébastien Musset est épuisé, et néanmoins heureux : « Dans l’entrepreneuriat, tout n’est pas merveilleux, loin de là, mais les frustrations que j’avais en tant que DRH ou DG ont disparu. J’ai de nouvelles préoccupations, liées au contexte de reprise d’une société en liquidation judiciaire. Ma principale frustration concerne le rapport au temps : j’aime que ça aille vite ! » Sébastien Musset regrette que certains points n’avancent pas assez rapidement, tandis qu’il se sent, sur d’autres, débordé par l’urgence. « Le manque de moyens est aussi frustrant, ajoute-t-il. Ce que je n’avais pas dans un grand groupe. En revanche, dans mes expériences précédentes, j’ai souffert des guerres de pouvoir, d’égos, d’argent. Ainsi que de l’excès de contrôle et de la lourdeur des process, qui entraînent une inertie importante. »
A présent, en tant que président des Terres de Nataé, à la tête d’une quarantaine de salariés, il apprécie une organisation plus légère avec plus de liberté d’initiatives : « J’écoute mes équipes et j’apprends d’elles. Je ne me positionne pas au-dessus, je fais juste quelque chose de différent. » Il se définit comme un dirigeant coach, bienveillant et respectueux de ses collaborateurs, dont certains sont autistes ou en réinsertion professionnelle. Sébastien Musset est également soucieux du bien-être des 300 pensionnaires du parc de 14 hectares, ouvert depuis l’été 2022 : « Nous ne programmons pas de spectacles d’animaux, car cela implique dressage et contraintes. Nous encourageons les moments d’échanges avec les soigneurs pour éduquer et sensibiliser les visiteurs à la biodiversité. » D’ailleurs, Nataé est la déesse protectrice de la nature dans la mythologie celte : encore une belle histoire à raconter…
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