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Du contrôleur de gestion au Business Partner

Plus qu’une simple fonction support, le contrôle de gestion est désormais un vrai partenaire de la direction. Focus sur un métier qui a considérablement évolué ces dernières années.

 

“Première fonction de cadre financier recrutée sur le marché de l’emploi français, le contrôle de gestion a gagné, depuis cinq ans, une assise solide et durable. Il n’y a plus aujourd’hui de management d’entreprise sans une fonction et des outils de contrôle de gestion performants”, souligne le cabinet Hudson dans un document sur le métier de contrôleur de gestion, publié en 2011. “Depuis la première édition de notre étude, en 2003, le nombre d’offres a plus que doublé pour atteindre un pic en 2008. L’impact de la crise sur ce marché a été très faible, entraînant une baisse des offres de seulement 9 %. Si le métier a mieux résisté que les autres dans ce contexte de crise particulièrement difficile, c’est qu’il s’agit d’une fonction indispensable à l’entreprise et créatrice de valeur. Depuis octobre 2010, le marché retrouve un réel dynamisme après deux années plus atones.”

 

L’image de la fonction a d’ailleurs beaucoup évolué ces dernières années. Durant très longtemps, le contrôleur de gestion était perçu comme un être obnubilé par les chiffres et les tableaux de bord. Certes, cet aspect n’a aucunement disparu, mais le métier ne peut être limité à cela, comme le remarque Fatima Yagoubi, consultante sur les métiers en finance d’entreprise, chez Hudson : “Aujourd’hui, le contrôleur de gestion doit se positionner réellement en tant que Business Partner. Il doit être associé au copilotage de l’activité d’une entreprise ou d’un groupe”. Au-delà de la mise en place d’indicateurs, de la construction de tableaux de bord et de prévisionnels, dont il s’attelle également à vérifier le respect, il doit pouvoir, selon elle, proposer un modèle économique au dirigeant. “Il doit vraiment être partie prenante de l’activité. Il n’est pas juste une fonction support mais un partenaire”. En somme, il est aussi là pour apporter des solutions. Une vision à l’anglo-saxonne de plus en plus partagée en France.

 

Lire entre les chiffres

 

Passé par une école de commerce et titulaire d’un diplôme d’expertise comptable, Olivier Stephan exerce dans ce domaine depuis près de 25 ans. Aujourd’hui directeur du contrôle de gestion dans une grande entreprise et membre du Comité scientifique de la DFCG (l’association nationale des directeurs financiers et de contrôle de gestion), il fait le même constat que Fatima Yagoubi. S’il faut bien évidemment aimer les chiffres pour faire ce métier, il souligne que les entreprises sont aujourd’hui de plus en en plus à la recherche de personnes capables d’analyse et rationnelles. “Il faut traduire ou comprendre dans les chiffres des situations qui se passent. Ensuite, c’est un métier très opérationnel. Nous essayons d’optimiser des situations ou d’en redresser”.

 

Olivier Stephan relève également l’importance de la communication dans ce travail. Discussions sur le budget à allouer à la publicité avec le chargé de communication un jour, observation de l’évolution des ventes dans un pays étranger (en prenant en considération les données politiques et macro-économiques qui pourraient avoir une influence) un autre jour, travail avec le logisticien pour trouver des points d’amélioration sur les stocks la semaine suivante… “Le métier est très vivant”, résume-t-il. Il peut même aller jusqu’à rediscuter des profils à recruter : la cible visée est-elle réellement pertinente par rapport aux besoins de l’entreprise ?

 

Un empêcheur de tourner en rond

 

Le contrôleur de gestion doit être pro-actif, ce qui nécessite une parfaite compréhension du business model de la structure. En particulier dans le contexte mondialisé dans lequel nous sommes. “Vous n’êtes jamais à l’abri de découvrir un concurrent de l’autre côté du monde qui invente quelque chose de génial. Vous vous étiez préparé, mais finalement il sort quelque chose d’encore plus offensif.” Tout peut alors s’écrouler. Certaines entreprises ne s’en sont d’ailleurs jamais relevées. C’est pourquoi, Olivier Stephan estime que le contrôleur de gestion doit pousser les opérationnels à s’interroger : d’où peuvent venir les coups, où vont-ils éventuellement porter et comment y répondre ?

 

“Nous devons aussi aider les patrons à ne pas sacrifier les budget R&D et communication, etc. Les dirigeants veulent respecter le budget mais il ne faut pas sacrifier le futur. Nous avons un rôle de pédagogue”. Parmi les tendances qu’il observe également, des attentes en matière d’amélioration du cash flow (que ce soit pour financer des acquisitions ou bien pour réduire l’exposition bancaire) et l’aspect cost-killing, qui va “redevenir d’actualité. Tout le monde veut trouver des sources d’économies”.

 

Un copilote

 

En matière de salaire, un débutant dans ce métier tourne autour de 35 000 euros par an (38 000 après un Volontariat international en entreprise), selon les données d’Hudson. Côté cursus, les employeurs ont une légère préférence en ce moment pour les écoles de commerce, mais les profils universitaires ne sont pas pour autant en reste. Comme le remarque Olivier Stephan, un passage par l’audit a longtemps été perçu comme une voie royale. Pour lui, ce n’est plus nécessairement le cas. Il faut dire que les qualités recherchées ont évolué profondément. “La première reste la rigueur. Mais pendant longtemps, on a attendu beaucoup d’analyse très poussée des chiffres. Il faut aujourd’hui avoir de vraies capacités de synthèse. L’anglais est également incontournable. Il faut quand même une tête bien faite et des gens curieux !”

 

Fatima Yagoubi poursuit : “Celui qui ne sait pas s’adresser à des interlocuteurs opérationnels ne réussira pas. Il doit être capable de traduire son jargon financier. Le curseur est donc de plus en plus sur les aspects de communication, de rondeur, de diplomatie. Pour moi, le contrôleur de gestion doit être audacieux, aller plus loin dans la recherche de compétitivité, être un vrai partenaire, avoir une large ouverture d’esprit, une vision globale sur tous les métiers. Il doit être copilote de l’activité pour laquelle il travaille !”

 

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