Carrière

« Les ruminations mentales nourrissent la chaîne du stress »

Quand elles s’invitent dans notre esprit, elles tournent inlassablement en boucle. Non seulement, les ruminations mentales sapent notre moral et notre confiance, mais elles nous empêchent aussi parfois de bien dormir. Comment identifier ces pensées parasites et, surtout, s’en détacher pour retrouver calme et sérénité ? Dans cette interview, le Dr Marine Colombel, autrice du livre "Sortir des ruminations mentales" (Marabout), décrypte leurs mécanismes, leurs effets sur notre quotidien et partage des pistes concrètes pour enrayer ce cercle vicieux.

Les ruminations mentales, c’est quoi exactement ?

Ce sont des pensées automatiques et négatives que l’on ne sollicite pas, comme une ritournelle qui se répète dans notre tête. Leur particularité ? Elles n’aboutissent à rien ! Un peu comme une machine à laver qui ferait tourner sans cesse les mêmes idées sans aucune issue. Elles tournent en boucle et s’auto-entretiennent. Elles provoquent ainsi des émotions parfois douloureuses et souvent aussi du stress.

Ce sont souvent de petites phrases dévalorisantes…

Oui, tout à fait. Des jugements dépréciatifs sur soi-même, qui viennent parfois de très loin : de l’enfance, de l’école, de la famille… Les fameux « Tu n’y arriveras jamais », « Tu es nul » ou encore « C’est ta faute ». À force de les répéter intérieurement, on finit par y croire et par les considérer comme la réalité ce qui est source de souffrance. On a l’impression que l’on n’en sortira jamais, surtout en période d’incertitudes ou suite à un échec.

Les effets sont donc négatifs sur l’estime de soi. Quels sont les autres impacts de ces ruminations mentales ?

Elle nourrissent la chaîne du stress. Face à une surcharge de travail, vous allez ruminez davantage. Votre perception du stress va alors augmenter ce qui peut avoir des répercussions sur le sommeil : les ruminations mentales perturbent généralement l’endormissement (seul dans son lit face à soi-même, le terrain est propice), et entraînent donc de la fatigue qui peut devenir chronique. Le risque est alors d’être moins efficace au travail, ce qui va accroître le stress, la charge mentale, et ainsi de suite. Comme les ruminations n’arrêtent pas de tourner en boucle dans notre tête, même pendant nos temps de loisirs ou de repos, il n’y a plus de répit. Elles empêchent de prendre du plaisir ou simplement de profiter de moments de repos alors même qu’on a tant besoin justement de relâcher la pression. On a l’impression d’être sans cesse dans un état d’urgence, sur le qui-vive.

Quels signes doivent nous alerter ?

Il faut déjà se rassurer : cela arrive à tout le monde ! Le souci, c’est quand on prend ces ruminations mentales pour la réalité et qu’elles provoquent donc de la souffrance. À noter également que ruminer est quelque chose de récurrent dans les cas de burn-out et d’épuisement professionnel. Les personnes très perfectionnistes, très investies dans leur travail, vont être encore plus concernées que les autres.

Que faut-il faire pour enrayer le cercle vicieux ?

Tout d’abord, identifier les pensées automatiques. Ce sont le plus souvent des phrases affirmatives qui portent un jugement dévalorisant, avec une tendance à la généralisation. Ensuite, gardez en tête qu’y répondre ne sert strictement à rien. N’essayez pas d’argumenter pour leur prouver qu’elles ont tort, de peser le pour et le contre, de vous justifier… Remettez-les à leur juste place : ces pensées négatives sont de simples productions de notre esprit. Il faut réussir à les mettre de côté, à défusionner avec ces pensées, à s’en détacher. Pour y parvenir, le plus efficace est de renouer avec ses sens. Vous pouvez pour cela réaliser des exercices de respiration, comme la cohérence cardiaque, de méditation ou encore de sophrologie, comme le scan corporel. En vous concentrant sur vos sensations, votre cerveau va décrocher et lâcher prise. Ce retour au réel et à l’instant présent permet de rééduquer votre attention. Plus vous le ferez régulièrement, moins vos ruminations auront de l’espace pour tourner en boucle. C’est vraiment un entraînement, une habitude à prendre, pour retrouver mentalement du calme.

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