Dans leur process de recrutement, les entreprises n’hésitent pas à s’approprier de nouvelles techniques, autrefois réservées au marketing, pour connaître davantage les personnes qui consultent les offres d’emplois. Le but : dénicher plus facilement la perle rare.
Depuis un an et demi, l’agence Kara s’appuie sur le data scanning pour mieux connaître les profils qui consultent les annonces d’emploi. Pour cela, le cabinet de recrutement s’est rapproché d’une agence spécialisée, appelée Lelaps, qui décrypte les données des candidats. “Nous analysons les data venant du site carrière du client afin d’identifier les audiences, le parcours du candidat et son profil, insiste Frédéric Charpentier, dirigeant de Lelaps. Nous n’utilisons aucune donnée privée mais nous nous servons de celles délivrées par Google que nous couplons avec notre propre algorithme”. L’objectif pour Kara est simple : décrypter quelles sont les offres d’emploi les plus consultées et donc déterminer qui sont les visiteurs.
Approche marketing
“Cela nous permet également de voir d’où proviennent les candidats (Twitter, Facebook ou autre) et de voir quels types de postes les intéressent, analyse Karine Nouveau. Des informations qui, après coup, sont utilisées pour aller chercher l’individu si celui-ci n’a pas déposé son CV ”, analyse Karine Nouveau, directrice associée chez Kara. Et pour parvenir à capter à nouveau l’attention des candidats, les employeurs n’hésitent pas à s’emparer des méthodes qui sont légion dans le domaine du marketing. Notamment en utilisant le retargeting d’annonces d’emploi.
“Concrètement, si un candidat a visionné mon annonce sur le site de l’Apec mais qu’il n’a pas déposé son CV, dès qu’il va aller sur un autre site Internet, l’offre d’emploi réapparaîtra sur le côté, comme une publicité, afin d’attirer son attention et de l’inviter à finaliser sa candidature”, détaille Karine Nouveau. Une méthode qui est de plus en plus adoptée par les recruteurs, que ce soit en direct ou en faisant appel à des prestataires externes comme les jobboards. “Les recruteurs ont davantage une approche marketing de leur cible et ont désormais conscience qu’ils doivent investir”, explique le directeur de Lelaps. Mais analyser les données des candidats ne nécessite pas seulement un investissement financier. “Cela prend du temps. Et les recruteurs n’arriveront jamais à s’en dégager assez pour que ce soit efficace. D’où l’intérêt de faire appel à des jobboards qui eux investissent sur ces questions-là”, insiste Flavien Chantrel, responsable médias sociaux et contenus Web chez RegionsJob, site d’annonces d’emplois.
Améliorer le sourcing
Ainsi, miser sur le data scanning permettrait de booster significativement la qualité mais aussi le nombre de CV reçus. Karine Nouveau estime que, depuis qu’elle fait appel à Lelaps, l’apport de candidatures a augmenté d’environ 30 %. “Ce qui est énorme pour nous, insiste-t-elle. Et le point réellement positif, c’est que les profils sont plus qualitatifs, plus ciblés et correspondent mieux aux demandes de nos clients.” Un aspect non négligeable, surtout dans un contexte où les employeurs peinent parfois à trouver les bons profils et dans lequel les comportements des candidats ont évolué (une présence accrue sur les réseaux sociaux, des exigences à la hausse…). Effectivement, la problématique des recruteurs n’est plus forcément d’avoir les moyens pour embaucher mais de trouver le profil qui correspond au poste à pourvoir. “Aujourd’hui, ceux qui sont en poste ont parfois envie de bouger mais pas à n’importe quel prix. Le Graal du CDI est encore prégnant et avant de sauter le pas, les candidats se renseignent beaucoup sur l’entreprise, la qualité de vie au travail…”, assure Karine Nouveau. D’où la nécessité pour les employeurs de miser sur de nouveaux outils afin de dénicher la perle rare le plus rapidement possible.
“On se rend compte que les DRH passent de moins en moins de temps sur les CV, entre 30 secondes et 1 minute à peine. Donc leur volonté reste de recevoir un maximum de candidatures qualitatives, insiste Flavien Chantrel. Les nouvelles technologies les aident à atteindre ces objectifs.” Surtout, selon Karine Nouveau, s’imprégner de méthodes innovantes pour chasser les bons profils est aujourd’hui indispensable. “C’est beaucoup moins rentable qu’avant de passer une simple annonce pour recruter. Le temps où il y avait 100 CV pour 10 offres d’emploi est révolu. Aujourd’hui le marché s’est clairement inversé”, insiste-t-elle. L’autre avantage du data scanning résiderait dans la possibilité de mieux gérer son budget communication. “Grâce à cet outil, j’ai vraiment une analyse poussée des annonces qui fonctionnent et surtout sur quels supports il est conseillé de communiquer, assure Karine Nouveau. Par exemple, avant il m’arrivait de renouveler un contrat avec un jobboard par habitude et non en fonction des résultats. Ce qui ne se passe clairement plus aujourd’hui.”
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