Carrière

“La réforme de la formation professionnelle risque de porter préjudice aux cadres”

Tribune – La formation professionnelle va évoluer dès le 1er janvier 2019. Et les cadres risquent d’être les perdants de la réforme, notamment à cause de l’évolution du compte personnel de formation (CPF) en valeur monétaire. Par Régis Micheli, président et fondateur de VISIPLUS Academy, organisme de formation spécialisé dans le digitale et le Web marketing.

 

Le CPF, actuellement crédité en heures, aura une valeur monétaire de 500 euros par an pour les salariés, plafonné à 5 000 euros sur dix ans, à compter du 1er janvier 2019. Les salariés non-qualifiés, eux, bénéficieront d’un crédit annuel de 800 euros, plafonné à 8 000 euros sur dix ans.

Des formation plus coûteuses

Or, les formations destinées aux cadres sont statistiquement plus coûteuses que celles destinées aux ouvriers. Bien que le gouvernement ait l’intention de réguler les coûts de formation par le biais de son agence France Compétences, il est peu probable que ces coûts baissent de manière aussi conséquente. Cela signifie-t-il que le ministère du Travail se méprend sur la réalité des prix pratiqués par les organismes de formation ?

Par conséquent, la volonté de rééquilibrer l’accès à la formation entre les cadres et les ouvriers risque de se traduire par une pénalisation des cadres qui voient leur budget formation se réduire. En effet, les cadres avaient jusqu’à présent largement accès aux formations professionnelles, puisqu’ils étaient 66 % à en profiter, contre 34 % seulement des ouvriers.

Une question de taille…

Un autre point qu’il semble important de préciser est que la taille de l’entreprise est prédominante lorsque l’on analyse l’accès à la formation. Ainsi, les inégalités observées entre cadres et ouvriers ne sont que la partie émergée de l’iceberg.

En effet, la formation professionnelle est plus accessible aux grandes entreprises qu’aux TPE-PME. Cela n’est pas forcément surprenant, mais signifie tout de même que les ouvriers de grandes entreprises accèdent plus facilement à la formation que les cadres de petites et moyennes entreprises. En l’occurrence, les chiffres de la Dares montrent qu’en 2014, 46 % des ouvriers de très grandes entreprises se sont formés contre seulement 23 % des cadres de très petites entreprises.

Il semblerait donc que les cadres de très petites entreprises soient encore plus pénalisés par la réforme qu’ils ne l’étaient déjà ! D’une manière générale, si les cadres voient leur budget de formation se réduire, ils seront moins en mesure de répondre aux besoins des entreprises qui embauchent.

… et d’adaptabilité

Thomas Frey, dirigeant du centre de prospective américain Da Vinci Institute, affirme que 65 % des métiers qui recruteront en masse en 2030 n’existent pas encore. Pour le chercheur, l’urgence est donc dans l’hyper adaptabilité des formations, qui doivent être plus courtes, plus performantes. L’institut pour le futur, saisi de cette question, va plus loin que Thomas Frey, en affirmant que 85 % des emplois de 2030 n’existent pas encore aujourd’hui.

On peut en déduire que dans l’avenir, la capacité d’acquérir de nouvelles compétences tout au long du parcours professionnel sera le principal atout du travailleur pour rester compétitif dans un secteur en évolution permanente.

 

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