« Les dernières théories de la motivation (1) mettent en lumière trois nutriments essentiels à l’épanouissement au travail : l’autonomie, la compétence et l’appartenance. L’expérience montre combien l’autonomie est un facteur essentiel de la satisfaction des managers, mais elle n’est ni du laisser-faire ou de l’abandon, ni de l’hypercontrôle et de l’autoritarisme (2). Ceux qui confondent délégation et abandon se retrouvent souvent déçus de la performance de leurs subordonnés et oscillent ensuite dans l’excès inverse de l’hypercontrôle infantilisant et démotivant.
Lorsqu’on est imprécis dans les demandes formulées, on entretient un flou rendant la performance impossible : comment savoir quel chemin emprunter quand on ne connaît pas la destination finale ? On met alors nos collaborateurs dans des situations d’échec sur lesquelles ils n’ont pas de prise et qui se multiplient. Cela détériore la relation managériale et déçoit le donneur d’ordre qui, pour restaurer la situation, se pense contraint d’inverser la vapeur en micromanageant.
Octroyer le bon degré d’autonomie favorisant l’épanouissement, c’est :
– fixer un cadre clair et déterminer les modalités de déploiement opérationnel de la stratégie. En donnant l’endroit exact où l’on souhaite aller, on permet à autrui de planifier le trajet ;
– laisser les managers décider à l’intérieur du cadre prescrit par l’organisation. En précisant que l’on ne souhaite pas prendre l’autoroute, on permet au manager de cartographier les itinéraires bis nécessaires au succès du voyage ;
– clarifier les moyens mis à disposition. En indiquant le type de véhicule, ainsi que le carburant et le montant dédié aux frais d’essence, on donne au manager les moyens d’un trajet serein ;
– faire confiance quant à la mise en musique des compétences, des budgets et de toutes les ressources à leur disposition pour faire correctement leur travail. Lorsque tout a été bordé en amont, on permet au manager de structurer son temps de conduite, ses pauses et ses haltes efficacement ;
– expliquer pourquoi certains choix sont impossibles. Dire que le budget est contraint et qu’il n’est désormais plus possible de payer l’autoroute permet aux managers de comprendre pourquoi il est nécessaire de consommer plus de temps de trajet pour rester dans le budget alloué.
Les managers à qui on donne une réelle autonomie sont bien souvent les plus épanouis et les plus responsabilisants vis-à-vis de leurs équipes, leur octroyant en retour une autonomie propice à l’exécution d’un travail de qualité. »
(1) Deci et Ryan.
(2) Lipitt et White.