La montée des freelances et de la pluriactivité effacera-t-elle bientôt le salariat traditionnel ? Pour Laurent Duclos, sociologue, nous nous dirigeons plutôt vers une “hybridation” des statuts.
Avec la montée en puissance des freelances, nous dirigeons-nous bientôt vers la fin du salariat à la papa ? “C’est vite dit. L’avenir du salariat et du travail indépendant, c’est l’hybridation”, estime Laurent Duclos, sociologue et chef de projet à la DGEFP (Délégation générale à l’emploi et à la formation professionnelle). Présent le 12 septembre dernier à l’événement “Future of Work”, organisé par l’Observatoire du travail indépendant, le chercheur, rattaché à l’IDHES (laboratoire Institutions et Dynamiques Historiques de l’Économie et de la Société) de l’École normale supérieure Paris-Saclay, nous a donné son avis nuancé sur le futur du travail.
Une “promesse d’émancipation du travailleur”
“Les évolutions du travail indépendant ressemblent à l’évolution du salariat : une volonté de gagner en liberté, et d’avoir moins d’incertitudes sur l’avenir. La formule de demain sera une hybridation des conditions d’emploi”, explique-t-il. Le sociologue remarque que le salariat reste majoritaire, et que si le travail indépendant se développe aujourd’hui, c’est surtout autour de la micro-entreprise et des sociétés de portage, qui “comprennent, quelque part, en terme statutaire, la promesse d’un retour vers le salariat, ou plutôt, d’une évolution vers l’hybridation”.
Laurent Duclos refuse que l’on oppose indépendants et salariés, ainsi que salariés et non-salariés. “Il faut essayer de voir comment, dans l’hybridation, on peut recouvrer les qualités de l’un et de l’autre. On voit bien qu’à travers le développement du travail indépendant et de la pluriactivité, il y a une promesse d’émancipation du travailleur, alors que l’échange salarial classique c’était la protection au prix de la subordination”, indique-t-il. Mais, ajoute le chercheur, “il ne faudrait pas lâcher la proie pour l’ombre : si c’est pour tomber dans la dépendance économique et dans le burn-out (car on ne sait pas quel est le temps de travail des pluriactifs), c’est problématique. Et si c’est pour avoir une Sécurité sociale qui ne soit pas à la hauteur, c’est tout autant problématique.”
Des “règles universelles” pour protéger indépendants et slashers
Les travailleurs indépendants et les “slashers” (travailleurs cumulant plusieurs activités) se retrouvent en effet confrontés à plusieurs obstacles, liés à une protection sociale encore minimaliste, malgré la création début 2018 de la Sécurité sociale des indépendants, gérée par le régime général de la Sécurité sociale, en lieu et place du RSI (Régime social des indépendants). C’est pourquoi Muriel Pénicaud, prône le développement d’un “système social universel” – une protection sociale “attachée aux personnes, et non plus aux statuts”.
Sur la même longueur d’onde que la ministre du Travail, Laurent Duclos explique que pour “débarrasser les travailleurs indépendants des incertitudes quotidiennes”, la réponse “sera forcément d’ordre universel”. Le système dont le sociologue rêve ne serait pas basé sur le CDI : “l’invention géniale du salariat, c’est la protection sociale, mais demain, il faut que cela profite aux indépendants new look.”
Le chercheur prône une harmonisation des régimes de protection sociale existants, mais aussi le développement de “techniques nouvelles” à même de sécuriser les parcours professionnels des travailleurs. “Il pourrait s’agir de droits transférables et portables, qui permettraient de ne pas pénaliser quelqu’un souhaitant changer de métier, de secteur d’activité ou de statut. Mais pour cela, il faut des règles universelles”, conclut Laurent Duclos.
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