Non, il n’y fait pas si mauvais. Si vous maîtrisez la langue de Shakespeare, le Royaume-Uni, et Londres en particulier, sont peut-être votre future destination. Zoom sur le marché de l’emploi et les conditions de vie dans le pays.
Proche de la France, le Royaume-Uni ne l’est pas uniquement de par sa position géographique. Les secteurs d’activité développés, le niveau de vie, la centralisation… tout ceci nous rapproche de nos voisins d’outre-Manche. “D’une manière générale, le Royaume-Uni, en termes de structure d’emploi, n’est pas vraiment différent de la France. Il y a de fortes similitudes”, indique Hervé Ochsenbein, directeur Ubifrance pour le Royaume-Uni, qui souligne jusqu’à la population qui recensait 62,4 millions d’habitants au 1er janvier 2011, contre 65 millions dans l’Hexagone.
Selon le dossier pays de la MFE (Maison des Français de l’étranger), plus de 123 300 Hexagonaux étaient inscrits au registre des Français établis hors de France au 31 décembre 2011 : plus de 5 300 à Edimbourg et Glasgow, près de 118 000 à Londres. Mais en tenant compte des personnes non inscrites, la MFE estime qu’il faut doubler ce chiffre.
“La communauté française résidant au Royaume-Uni est jeune, la tranche des 25-40 ans étant particulièrement bien représentée, précise la MFE. La moitié des enregistrés à Londres sont actifs dans le secteur tertiaire.”
De nombreuses multinationales
Par ailleurs, l’institution précise que 60 % des Hexagonaux résident dans le Grand Londres, le reste étant concentré dans les principaux centres urbains du pays : “Birmingham et Coventry pour les Midlands, Leeds et Manchester pour le Nord et, surtout, les villes universitaires (Oxford et Cambridge), ainsi que dans les régions les plus dynamiques du Sud-Est de l’Angleterre (le Surrey, l’Essex, le Kent et l’Hampshire).”
On retrouve de nombreuses multinationales comme HSBC Holdings plc, Vodafone Group plc, Ineos, BAT (British American Tobacco plc), HBOS (Halifax – Bank of Scotland), Barclays Plc, BT Group PLC (British Telecom), Lloyds TSB Group., Sainsbury, etc. Par ailleurs, 50 % des sièges européens de multinationales se trouvent au Royaume-Uni selon la fiche pays d’Ubifrance.
Londres comprend beaucoup de sociétés européennes, asiatiques et américaines. D’ailleurs, les entreprises coréennes s’implantent souvent en Europe en s’installant au Royaume-Uni, un choix notamment dicté par la langue.
Croissance négative pour 2012
N’omettons pas toutefois que de nombreuses entreprises françaises sont aussi présentes sur le territoire : Axa, Renault, BNP Paribas, Saint-Gobain, Veolia Environnement, Paul, Danone, etc. “Si on veut venir travailler à Londres, on peut viser plus loin que les entreprises britanniques !”, assure Hervé Ochsenbein.
Mais la crise sévit aussi dans le pays. “La conjoncture ne se porte pas mieux qu’en France, la croissance sera nulle ou négative en 2012 (l’OCDE a annoncé – 0,7 %) : l’économie est plutôt en récession”, précise Hervé Ochsenbein, avant d’ajouter : “Aujourd’hui, personne ne sait si les Jeux Olympiques de Londres ont eu un effet ou pas, mais il sera sûrement faible.”
Les secteurs généralement porteurs au Royaume-Uni ne diffèrent pas vraiment de ceux de la France, si l’on en croit le directeur Ubifrance. Technologies de pointe, défense, industrie aéronautique, automobile (en relance), énergie renouvelable et nucléaire, logiciels et services informatiques, etc. “40 % du trafic Internet mondial passe par un serveur au Royaume-Uni.” Sans oublier les banques, les assurances, etc.
Maîtrisez l’anglais !
L’avantage d’être Français ? Parler le français… car “les langues ne sont pas le point fort des britanniques”, remarque Hervé Ochsenbein. Il faut néanmoins être très à l’aise en anglais si l’on souhaite s’installer dans le pays. “On peut débouler et trouver un job en n’ayant que quelques notions d’anglais, mais ce sont essentiellement des jeunes dans la restauration et les services. Il est difficile de se positionner comme cadre sans la maîtrise de l’anglais.” Car même si vous entrez dans une entreprise non britannique, la langue des affaires reste l’anglais. Il vous faudra savoir négocier, téléphoner dans la langue de Shakespeare.
Concernant les conditions de vie, le prix du logement est en moyenne plus cher à Londres qu’à Paris, selon Hervé Ochsenbein. “Mais pour les endroits plus éloignés, ils sont comparables à ceux de la France.” Cependant, le problème n’est pas toujours le prix, mais la disponibilité du bien. Car le Royaume-Uni est “un pays de propriétaires. Il y a d’ailleurs eu beaucoup d’emprunts dans l’immobilier et les ménages se sont extrêmement endettés”. Résultat : le locatif est un marché résiduel.
Quant aux conditions de vie de tous les jours, elles demeurent proches de l’Hexagone. Néanmoins, selon Hervé Ochsenbein, le gaz, par exemple, est plus cher en France. En outre, il n’y a pas de TVA sur les produits alimentaires…
Plus de flexibilité
Qu’est-ce qui attire les cadres français ? “Une flexibilité à l’embauche et une possibilité de changer d’entreprise plus fortes, selon le directeur Ubifrance, un marché du travail plus dynamique – c’est en tout cas ce que tout le monde me dit.” Mais ce n’est pas la seule différence. En France, indique-t-il, on entre dans une société et on attend une promotion, tandis qu’au Royaume-Uni, on change d’entreprise pour évoluer. Par ailleurs, le niveau de diplôme est un peu moins important que dans l’Hexagone, l’expérience étant davantage valorisée selon Hervé Ochsenbein. Enfin, si en France, avoir multiplié les postes et les entreprises peut être perçu comme de l’instabilité, ce n’est pas le cas au Royaume-Uni.
Pour trouver un emploi outre-Manche, l’idéal est de posséder un profil rare. “Les employeurs sont prêts à faire un effort sur le plan financier.” D’ailleurs, la négociation est plus courante, l’individualisme plus poussé, complète-t-il.
Mais nous ne pouvons pas parler de ce pays sans faire un passage sur son climat. Bien sûr, les températures ne sont pas les mêmes partout et “il peut faire très froid en Écosse, termine-t-il. Mais à Londres, les hivers sont beaucoup plus doux que je l’imaginais. Il n’y a pas de journée totalement fichue comme à Paris où il peut faire gris pendant cinq jours. À Londres, il pleut souvent, mais par intermittence !”