Carrière

Michèle Côme : de l’innovation juridique au one-woman show

À 60 ans, Michèle Côme met à profit son expérience du monde de l’entreprise dans des ateliers humoristiques. Rencontre.

 
Les gestes sont amples, les mots font semblant d’être improvisés alors qu’ils ont été choisis. Quand elle parle, Michèle Côme occupe l’espace, en utilisant les codes du stand-up, mêlant souvenirs enfantins et autodérision. “J’étais un petit clown, je passais mon temps à faire rire toute ma famille”, se souvient-elle. C’est pourtant la pression familiale qui la poussera, gentiment, à renoncer à faire de la scène. À la place, ce sera maîtrise de droit, études qu’elle a détestées. “Mais c’est difficile de lutter, de faire sa route, je n’avais pas le courage”. Son plaisir, elle le trouve alors dans le stand-up, un spectacle d’une heure quinze, qu’elle a joué tous les soirs, “des salles de garde de médecin aux MJC en passant par des soirées privées ou des séminaires d’entreprises”. Une fois diplômée, vient le job de documentaliste dans un cabinet d’avocats où elle crée une banque de données juridiques et un réseau de documentalistes, “ça m’a plu, j’étais à ma place”. Puis, son travail devient un temps complet, elle laisse alors un peu tomber la scène.

“Au moment de me lancer sur un nouveau spectacle, la balance m’a fait pencher du côté du boulot et de la sécurité”, analyse-t-elle. La frustration est à son comble, au point de ne plus aller voir de spectacles vivants pendant 20 ans. “C’était horrible de voir les autres sur scène. Les humoristes, c’était encore pire. Je ne m’autorisais que les concerts de rock”. Pendant quinze ans, elle s’éclate tout de même à faire de l’innovation dans le monde cloisonné du droit. “J’ai un côté bon petit soldat, j’aime bien faire et faire plaisir”. Plus tard, elle crée deux bases de données pour un éditeur numérique. “C’était dur, je découvrais les règles de l’entreprise. J’ai eu un choc culturel, les départements entre eux se tiraient dans les pattes, ce n’était pas mon monde”, évoque-t-elle. Dans une autre grande entreprise, elle travaille à l’échelle du marché européen, sans savoir que ce sera son dernier poste.

Jamel Comedy Club

Au bout de neuf ans, elle profite d’un plan social lié à une restructuration de la société. Dans son package, un accompagnement, qui va lui changer la vie. À cette coach, Michèle Côme raconte que l’année d’avant, elle a dû remonter sur scène pour les 50 ans de son meilleur ami, après deux décennies d’absence. “Ça a super bien marché ! J’ai fait rire et pris mon pied. À tel point que tout le monde m’a dit que c’était du gâchis. J’ai gardé l’information dans un coin de ma tête, même si ça m’a fait mal au cœur”, évoque-t-elle. Pour la coach, c’est limpide. C’est ce qu’elle doit faire, des animations dans les entreprises. “Quand elle me dit ça, c’est comme une évidence. J’ai switché très facilement”.

Sa famille aussi, même si son mari a du mal à la voir sur scène, “pour lui, ce sont deux personnes différentes”. Sa fille a continué à dire qu’elle était éditrice pendant quelques années. Moins facile, en revanche, pour les personnes avec qui elle a travaillé, demandant si elle a un plan B. Ce qu’elle fait concrètement ? Elle intervient dans des entreprises avec des ateliers modulables, basés sur l’improvisation théâtrale, mais pas que. “Ce qui me plaît, c’est de décoincer les gens tout en les faisant réfléchir.” Est-elle plus heureuse maintenant ? Oui, même si elle n’était pas malheureuse avant. “Je n’étais pas mal mais qu’est-ce que je suis mieux aujourd’hui !”, révèle-t-elle. Michèle Côme s’est promis de remonter sur scène. Elle a bien joué un one-woman show devant cent de ses amis pour ses 60 ans, mais tel quel, il n’est pas vendable. “Vous m’imaginez au Jamel Comedy Club ? J’arrive, je prends le micro, je peux quand même me faire jeter, ça pourrait être violent”, affirme-t-elle. En attendant de se fixer une date butoir, elle prépare une conférence d’environ une heure, “un genre de TEDx”, réclamé par les entreprises pour inspirer leurs salariés. On lui demande des PowerPoint et de faire de l’humour sur le management, mais l’ancienne éditrice préfère rire sur des sujets de management. “J’ai 60 ans, dans deux ans, je vais toucher la retraite, j’ai un boulevard pour me faire plaisir et faire plaisir aux gens”
 
 

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