Management

Mobilité au travail : miser sur le juste équilibre entre esprit d’équipe, autonomie et responsabilités

Une grande partie des Français voient dans la mobilité une véritable révolution : 16,7 % d’entre eux travaillent déjà à distance. Par Guillaume Broutart, directeur France, Teamleader.

 

Essentielle à la culture du bien-être au travail, la mobilité est pourtant encore sujette à de nombreux préjugés. Une méfiance due à la méconnaissance des avantages pour l’employeur et au besoin d’adaptation des entreprises. Voici un panorama des préjugés sur la mobilité, de leur origine et des solutions à mettre en place pour répondre à ses problématiques.

 

La mobilité au travail souffre de nombreux préjugés

 

Le travail à distance rendrait moins productif

En cas de baisse de productivité, on est souvent tenté de pointer du doigt la montée de la mobilité salariale. Pourtant, la productivité augmenterait de près d’un quart en situation de télétravail, et celui-ci représenterait davantage un remaniement de fond* qu’une simple tendance. Il favorise par exemple certains métiers requérant une grande capacité de concentration, tels que l’élaboration d’études, la production de contenus éditoriaux et visuels, ou l’analyse de données.

 

La mobilité mettrait en danger les données

Hors des murs de l’entreprise, il est difficile d’être à l’abri des regards indiscrets, de l’oreille attentive d’un concurrent, ou de la fuite des données via un réseau wifi public. Pour dissiper cette crainte, il faudra faire preuve de vigilance vis-à-vis des données sur lesquelles on travaille : ne pas laisser son ordinateur sans surveillance, travailler en connexion privée, échanger en espace clos avec les clients ou les collaborateurs, ne pas évoquer de données confidentielles ni de problèmes internes à l’entreprise. Dans ce contexte, la confidentialité est donc davantage liée au bon sens qu’à la mobilité.

 

Le télétravail menacerait la cohésion de l’équipe

Le Cloud favorise l’intégration d’un environnement mobile et accessible en tout lieu. Une fois cet environnement mis en place, le workflow reste inchangé. La cohésion de l’équipe, quant à elle, dépendra de l’intérêt que les dirigeants porteront à leurs collaborateurs. La mobilité doit être intégrée en amont à la culture d’entreprise, et inclure à la fois la confiance et l’exigence de résultats. À la fois considérée et responsabilisée, l’équipe demeure soudée. Accepter les particularités liées à la mobilité représente un effort de longue haleine, mais déterminant, avec à la clé la construction d’une relation de confiance.

 

La mobilité réduirait l’efficacité des réunions

En réunion virtuelle, la capacité d’attention est moins intense qu’en rendez-vous physique, ce qui oblige les collaborateurs à se concentrer sur l’essentiel. Moins perturbées par les digressions, les réunions n’en sont que plus efficaces.

 

Les télétravailleurs seraient isolés

La mobilité permet de travailler de chez soi, certes, mais elle peut aussi se réaliser en espace de coworking, propice à l’échange et au réseautage, et donc contraire à l’isolement.

 

Le travail mobile serait désorganisé

Selon un préjugé courant, la mobilité pousserait à devenir un bourreau du travail, ou au contraire à négliger ses responsabilités. Pourtant, elle est le plus souvent due au désir d’équilibrer vie personnelle et vie professionnelle, de choisir son lieu de travail et d’organiser son temps. Autant d’avantages qui génèrent une certaine satisfaction, qui profitent non seulement à la productivité de l’entreprise, mais également aux clients.

 

La mobilité joue un rôle clé dans l’ouverture à l’international des entreprises

Dans une économie de plus en plus globalisée, la mobilité joue un rôle clé pour réunir des talents multiculturels et s’adresser à des marchés internationaux. Grâce aux outils numériques, une entreprise peut recruter les meilleurs profils dans les différentes parties du monde, faciliter le travail et la collaboration à distance, et s’affirmer en tant que structure internationale. Les futurs champions français du numérique réalisent d’ailleurs une grande partie de leur chiffre d’affaires à l’international, en partie grâce à la promotion d’une culture mobile.

 

La mobilité doit être mieux encadrée pour être appliquée de manière optimale

La mobilité est souvent associée à une vision fantasmée des start-up, perçues à tort comme des structures caractérisées par le jeunisme et l’absence de règles. En réalité, le télétravail s’accompagne de mesures d’encadrement. Certaines entreprises allouent un budget pour réserver des espaces de coworking. Par ailleurs, des rendez-vous récurrents et des rituels visant à “socialiser” l’entreprise peuvent être mis en place pour consolider l’esprit d’équipe.

Certaines PME tentent d’adopter la mobilité sans tenir compte des principes à instaurer pour qu’elle soit efficace, ni de leurs différences avec les start-up, comme la hiérarchie ou la mobilité encadrée. Un travail de refonte et de sensibilisation doit être mené, afin que le télétravail devienne une composante à part entière de la culture d’entreprise.

Bien que répandue, la mobilité reste un bouleversement dans les habitudes de travail. Elle nécessite d’instaurer de la transparence, de la structure, de faire confiance à la responsabilité de chacun, et d’emporter l’adhésion du top management. À l’ère où les Millenials s’apprêtent à redéfinir le monde de l’entreprise, l’enjeu sera de favoriser leur intégration. Cet enjeu passe inévitablement par la mobilité du moment qu’elle est encadrée par des règles claires.

 

* Patrick Storhaye & Patrick Bouvard. Télétravail et nomadisme, leviers de transformation des entreprises, Dunod, septembre 2013

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