Empathie, conscience de soi, compétences sociales : toutes sont caractéristiques de l’intelligence émotionnelle. Le professeur Fabian Bernhard, PhD, revient sur le rôle des émotions pour les dirigeants d’entreprise de demain.
Warren Buffett a dit : « Vous continuerez de souffrir si vous réagissez émotionnellement à tout ce qui vous est dit. Le vrai pouvoir consiste à prendre du recul et à observer les choses différemment. Le vrai pouvoir, c’est la retenue. Si vous vous laissez contrôler par les mots, cela signifie que n’importe qui peut vous contrôler. Prenez une inspiration et lâchez prise. » Il fut un temps où l’on aurait pu s’attendre à ce que ce genre de propos soit tenu par un gourou du développement personnel, perché au sommet d’une montagne. Aujourd’hui, cependant, il n’est guère surprenant que leur auteur soit un gourou d’une autre trempe.
L’importance de l’ »intelligence émotionnelle » gagne en reconnaissance dans la direction d’entreprise. Pourtant, et on l’oublie souvent, ce terme démocratisé par le psychologue Daniel Goleman est relativement récent. « Les émotions ont longtemps été considérées comme un frein aux prises de décision rationnelles », affirme Fabian Bernhard, professeur associé à l’EDHEC et membre de l’EDHEC Family Business Center. « Au fil du temps, nous nous sommes rendu compte que les êtres humains n’agissent pas comme des robots purement rationnels, et que reconnaître les qualités des autres nous permet de mieux cerner ce qui motive les uns et les autres. Et ce n’est pas terminé ! »
Apprendre et mettre en pratique
Daniel Goleman a identifié cinq éléments de l’intelligence émotionnelle, ou « QE » : la conscience de soi, la capacité à se maîtriser, la motivation, l’empathie et les compétences sociales. La première étape – se comprendre soi-même – est essentielle pour développer son QE, affirme Fabian Bernhard. « La première question que me posent les étudiants, c’est de savoir si l’intelligence émotionnelle peut s’apprendre. La réponse est que nous pouvons vous y préparer en vous enseignant les principes et en vous aidant à travailler sur la compréhension de vous-même, condition sine qua non pour comprendre les autres et communiquer efficacement avec eux. » Les dirigeants qui réussissent sont ceux qui comprennent leur propre émotivité et sont capables d’adapter les principes du QE à leur environnement et à la culture dans laquelle ils se trouvent. « À l’échelle internationale, on constate d’importantes différences dans la manière dont les émotions peuvent être ouvertement exprimées », précise Fabian Bernhard. « Ainsi, la culture japonaise reste relativement conservatrice, tandis que dans de nombreux pays d’Amérique du Sud, il est perçu comme étrange de n’afficher aucune émotion. » Mais quel que soit le contexte, il affirme que tous les dirigeants qui parviennent à appliquer les principes du QE ont un trait en commun : « Ils n’en parlent pas, ils agissent ». Si le rôle joué par les émotions dans les grandes entreprises gagne en reconnaissance, l’évolution du monde actuel a ajouté de nouvelles exigences pour être performant en matière de QE. L’ère du COVID est aussi celle de Zoom. Or, diriger à distance vient corser la donne, observe Fabian Bernhard. « Ce n’est pas qu’une question d’intelligence émotionnelle ; les dirigeants doivent adapter leurs capacités de communication et leurs compétences sociales lorsqu’ils ne sont pas à proximité immédiate de leurs équipes. Ils dépendent davantage de l’autonomie de ces dernières ; le micro-management ne marche tout simplement pas. De plus, il est bien plus complexe de gérer la résilience et le stress à distance. »
Un paysage en évolution
Autre point relativement récent à intégrer dans une démarche QE : l’engagement des entreprises en matière de diversité, d’équité et d’inclusion. Il peut s’avérer crucial de développer son empathie et d’en faire preuve pour gérer les différences et donc, favoriser la diversité. Et des managers de plus en plus issus de la diversité peuvent également afficher un QE accru. D’autres facteurs sont à prendre en compte : on attend des entreprises et des individus qu’ils agissent en faveur du développement durable ; le changement et l’innovation s’accélèrent. De plus en plus, les dirigeants devront impulser et encourager des comportements responsables, faire confiance aux spécialistes de leurs équipes et s’adapter avec souplesse à des changements rapides. Fabian Bernhard se cite lui-même en parfait exemple de la nécessité d’apprendre sans cesse. « S’adapter à l’enseignement à distance a été une expérience d’apprentissage forte. Comment rester en lien avec mes étudiants par le biais d’un écran ? Comment lire le degré de compréhension et d’implication d’élèves qui, quelle qu’en soit la raison, choisissent de ne pas allumer leur caméra pendant le cours ? »
Ces expériences, et bien d’autres, Fabian Bernhard, les insuffle dans les connaissances qu’il cherche à transmettre aux étudiants, pour développer leur propre QE. « Mon rôle est similaire à celui d’un entraîneur sportif. J’essaie de montrer aux étudiants comment appliquer les principes qu’ils apprennent, puis les mettre en pratique. Commencez par vous comprendre vous-même, restez ouvert d’esprit. Le monde évolue rapidement et l’obtention de votre diplôme n’est que le début de votre voyage. » ■
Fabian Bernhard