Il y a quelques jours, Arthur Sadoun, le président du directoire de Publicis Groupe, a lancé le collectif #workingwithcancer, la première coalition mondiale d’entreprises contre la stigmatisation du cancer au travail. À l’heure où encore 1 salarié sur 2 atteint par la maladie a peur d’en parler à son employeur, c’est une initiative extrêmement forte. Et ce d’autant plus à l’approche de la journée mondiale de lutte contre le cancer qui se déroule chaque année le 04 février.
« Vous avez un cancer. Ces quatre mots créent d’abord de la peur pour sa vie, et juste après, de la peur pour son travail. Peur de le perdre. Peur de ne plus pouvoir progresser. Peur de ne plus être au niveau. » Dans une vidéo réalisée pour Brut, Arthur Sadoun, président du directoire de Publicis Groupe, raconte son parcours, du diagnostic inattendu de son cancer en mars 2022 à son annonce publique qui a suscité une vague de messages d’encouragement et de témoignages de personnes traversant ou ayant traversé la même épreuve. Agé de 51 ans, Arthur Sadoun est ainsi le premier dirigeant français a parlé aussi ouvertement de sa maladie au cours de sa carrière et à s’engager contre la stigmatisation du cancer au travail. La Fondation Publicis vient en effet de lancer le mouvement « Working with Cancer », soutenu par plusieurs grandes entreprises comme Accor, Axa, Google, Carrefour, L’Oréal, Nestlé, La Poste, Toyota, Unilever ou encore Sodexo, pour s’engager en faveur d’une culture d’entreprise plus ouverte, plus solidaire et plus favorable à l’intégration des salariés atteints de cancer.
Montrer ses vulnérabilités même au travail
En France, chaque année, près de 400 000 personnes apprennent qu’elles ont un cancer. Parmi elles, 160 000 sont en emploi au moment du diagnostic. Selon le dernière baromètre réalisé par Cancer@Work en 2021, la parole se libère : la moitié des personnes concernées osent aujourd’hui parler de leur maladie au travail, contre 20% en 2013. « Je suis d’un naturel assez franc et optimiste, explique Patrick Thomet, Directeur de projets chez Malakoff Humanis, qui a été diagnostiqué d’un myélome en mai 2022. Comme je savais que j’allais devoir m’absenter pendant un an environ, cela m’a paru évident de le dire à mon équipe, et plus largement au sein de mon entreprise. Je ne me voyais pas partir sans donner de nouvelles, mais je comprends tout à fait les personnes qui font le choix de ne pas en parler au travail. Cela dépend vraiment de votre environnement de travail, s’il y a de vraies relations de confiance, notamment avec le manager. Le fait que je sois dans mon entreprise depuis de nombreuses années a aussi facilité les choses. »
LinkedIn Top Voices depuis 2020, Patrick Thomet a également décidé d’en parler sur ce réseau social professionnel via plusieurs posts. Il a alors reçu, comme en interne, de nombreux témoignages de soutien : « Partager ce que je vis m’a fait du bien, il y a une vraie catharsis. Les messages, de personnes que je connaissais ou non, m’ont vraiment touché. Ils étaient totalement désintéressés. L’équipe en charge de la communication retraite chez Malakoff Humanis m’a envoyé un colis avec une carte, des livres… Ce sont autant d’attentions qui font plaisir et donnent de l’énergie. Parler de cancer dans un cadre professionnel nous renvoie aussi à nos fragilités et à nos vulnérabilités. Cela ne va pas forcément de soi dans une société valorisant la performance, mais c’est plus que jamais nécessaire avec le vieillissement de la population, l’allongement de la durée du travail via la réforme des retraites et la hausse des maladies chroniques. »
Parler du cancer pour soi, mais aussi pour les autres
« Si je peux aider via mon témoignage et mon expérience d’autres personnes, j’en serais ravi, insiste Patrick Thomet. Il faut vraiment ouvrir ces discussions dans les entreprises et délier les langues sur la maladie ou encore le handicap qui est, rappelons-le, le plus souvent invisible. » Ces prises de paroles sont utiles bien au-delà d’un cercle proche et sont de formidables coups d’accélérateur à un mouvement engagé dans le monde du travail depuis plusieurs années, notamment grâce à Cancer@Work. Ce club, lancé par Anne-Sophie Tuszinski il y a 10 ans, rassemble aujourd’hui plus d’une centaine d’entreprises, toutes mobilisées pour agir autour d’une charte en faveur du maintien dans l’emploi des personnes atteintes de cancer. Elle-même touchée par un cancer en 2011, Anne-Sophie Tuszynski est également à l’origine de la compétence “Fighting cancer” sur LinkedIn : “Je crois que dans l’expérience de vie de la maladie, comme dans toute expérience forte, on développe des qualités et des compétences précieuses pour soi-même, mais aussi pour le monde du travail.”
D’autres acteurs se mobilisent aussi pour faire bouger les lignes : KCMC, Energy Boost, l’association RoseUp, Oser sa chance… Autant d’hommes et de femmes qui bousculent les tabous et les idées reçues sur la maladie au travail et font ainsi avancer les entreprises, et plus largement la société. Un mouvement de grande ampleur que vous pouvez rejoindre. Une campagne de communication menée par Publicis démarre samedi 4 février, journée mondiale de lutte contre le cancer, via des affiches dans les rues, des pages dans les médias français et étrangers, un spot engagé à la télévision et dans les salles de cinéma. Elle se déploiera jusque dans l’arène du Super Bowl américain le 12 février prochain. Et ne doit pas manquer de nous (r)éveiller.
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