En ce 8 mars 2018, journée internationale des droits des femmes, trois femmes à la carrière significative témoignent et abordent la question de leur place en tant que manager.
Julie Ranty, éditrice Les Échos et codirectrice générale Viva Technology, 30 ans
Son parcours : Après HEC, Julie Ranty commence sa carrière au sein du groupe Figaro en tant que business analyst pour quelques mois plus tard intégrer le groupe Canal+ au poste de marketing product manager puis de project leader à la direction de la stratégie. En février 2013, elle devient éditrice adjointe aux Échos et lance notamment Les Échos Start, média dédié aux jeunes entrant dans la vie active. Depuis un an et demi, elle est également codirectrice générale de Viva Techonology, salon consacré aux start-up et à l’innovation.
Son point de vue sur sa carrière : “Aux Échos, j’ai eu la chance d’avoir un nouveau challenge chaque année. Surtout, Francis Morel et Maurice Lévy (respectivement, président du groupe Les Échos et président du directoire de Publicis Groupe, NDLR) ont cru en moi pour me confier la codirection de VivaTech alors que j’étais assez jeune. C’était un risque pour un projet d’une telle ampleur. Je pense qu’il est intéressant de changer de poste tous les trois ans environ, le temps d’acquérir de la confiance, de faire ses preuves et de consolider ses compétences. Il ne faut pas évoluer trop tôt. ”
Sa place en tant que femme : “Aux débuts, je sentais certains de mes interlocuteurs septiques. Il fallait que je démontre ma légitimité, que je savais de quoi je parlais. Depuis, ça va mieux mais quand nous rencontrons, avec Maxime Baffert (l’autre directeur de VivaTech, NDLR), des personnes pour la première fois, j’ai parfois l’impression qu’il y a un a priori sur ma position. Nous précisons alors que nous dirigeons tous les deux. Heureusement Maxime Baffert joue le jeu, il est assez vigilant et cela passe assez vite.”
Ses conseils : “Il faut prendre des risques pour faire ce qu’on a envie de faire. Les carrières rectilignes ne sont plus d’actualité, les mentalités sont en train d’évoluer sur ce sujet. Il ne faut pas avoir peur d’aller dans des secteurs où il y a peu de femmes. Le digital offre de bonnes opportunités avec des taux de croissance très intéressants.”
Nadine Crinier, directrice régionale Hauts-de-France Pôle Emploi, 54 ans
Son parcours : Avec une licence d’allemand en poche, Nadine Crinier entre à ce qui était encore l’ANPE en janvier 1985 pour être conseillère pendant 4 ans. Après cinq années en tant que chargée de mission auprès du directeur des opérations, elle revient sur le terrain avec la direction successive de trois agences en région. En 2000, elle devient directrice départementale d’abord de l’Essonne, puis de Seine-Saint-Denis. Ensuite, elle est promue directrice régionale adjointe en Nord Pas-de-calais, puis directrice du cabinet du directeur général de l’ANPE, juste avant la fusion avec l’UNEDIC et enfin, directrice régionale adjointe en Bretagne et dans le Nord Pas-de-Calais. Depuis janvier 2016, elle est directrice régionale Hauts-de-France.
Son point de vue sur sa carrière : “Cette fidélité professionnelle m’a plutôt servie. L’entreprise a pu m’apporter des opportunités et de la mobilité géographique. J’ai pu conjuguer vie professionnelle et personnelle (Nadine Crinier a trois enfants, NDLR).”
Sa place en tant que femme : “Je n’ai pas forcément rencontré de difficultés liées au fait d’être une femme. J’ai toujours pris ma fonction en tant que manager, ça aide les autres à se positionner. J’ai eu la chance de connaître un large éventail de nos métiers donc rapidement, les dialogues étaient purement professionnels. Mon premier poste de direction se trouvait dans une zone rurale et industrielle, lors des premiers événements locaux, on me demandait si j’étais du service communication. Les gens n’imaginaient pas que je pouvais être directrice de l’agence. Mais ce genre de malentendu se règle très vite, il faut poser les bases. Une fois, dans une conversation, j’ai entendu une remarque disant ‘tu es ambitieuse’. Sur le moment, je n’ai pas su si c’était positif ou négatif. J’ai répondu ‘si l’ambition, c’est de positionner son entreprise, alors oui je suis ambitieuse’. La conversation s’est arrêtée là.”
Ses conseils : “Il faut oser parler de ce qu’on a envie de faire, ne pas présupposer que ce serait trop tôt, surtout pour les autres. Souvent, on obtient ce que l’on veut. Il n’est pas non plus nécessaire de passer par des étapes. La notion d’exemplarité aussi est importante, quand on accède à des fonctions de direction. En tout cas, il faut partir de ce que l’on ressent. C’est aussi valable pour la vie de famille. Ma famille m’a supportée et est mon principal supporter.”
Gamra Al Habbo, chargée de systèmes d’information au sein de la CEE, 26 ans
Son parcours : Après son baccalauréat dans un lycée français du Tchad en 2009, Gamra Al Habbo sort diplômée de l’INSA, Institut National des Sciences Appliquées, de Toulouse et passe également un double diplôme de l’IAE de Toulouse. Elle cumule une année d’expérience dans le domaine du conseil ainsi que trois ans dans le développement logiciel. Depuis 7 mois, elle travaille à la commission économique pour l’Europe en tant que chargée de systèmes d’information.
Son point de vue sur sa carrière : “J’ai été mentorée pendant deux ans au sein de l’association Article 1 (qui a pour but d’accompagner les lycéens et étudiants issus de milieux populaires, NDLR), ce qui m’a beaucoup apporté. Notamment le fait de m’affirmer en toute circonstance, de côtoyer d’autres personnes issues de minorités c’est-à-dire des femmes issues de l’immigration et/ou dans des milieux masculins. Pour rendre tout ce que cela m’a apportée, je suis devenue tutrice à mon tour.”
Sa place en tant que femme : “Dès le début de mes études en école d’ingénieur, j’ai vite observé qu’il y avait peu de filles. Ce n’était pas simple de s’intégrer dans les groupes de travail. Mais j’ai toujours été une bonne élève donc je savais que je faisais bien les choses. Même constat dans le monde du travail. Les services IT sont très masculins. Il y a beaucoup d’a priori sur le fait que je sois une femme. Quand je suis arrivée chez l’un de mes employeurs, on m’a dit ‘tu es là parce que tu es fille, grâce à une politique de parité hommes-femmes’. Dans un autre poste, après quelques jours, un collègue m’a dit ‘tu es trop gentille, ce serait bien pour ton intégration que tu te montres plus sûre de toi’. C’est spécial. C’était peut-être bienveillant mais je me suis demandée s’il aurait dit la même chose si j’avais été un homme. C’est une sorte de bienveillance un peu mal placée, du paternalisme.”
Ses conseils : “Il faut faire confiance à son talent, ne pas s’auto censurer. Et se créer sa bulle pour se protéger et ne pas toujours être sensible à son environnement professionnel. J’ai cet espèce de bouclier naturel, parfois je ne comprends pas toujours les regards ou les ressentis. C’est peut-être une manière inconsciente de me protéger.”