L’arrivée en masse des open space et, plus récemment du flex office, a obligé les salariés à ranger leur bureau au cordeau. État des lieux de la tendance.
Vous l’avez remarqué ? Aujourd’hui, les open space sont rangés au cordeau, plus rien ne traîne, plus rien ne dépasse. Cette tendance à la “zen” attitude appliquée au bureau est née il y a une quinzaine d’années. Elle est surtout liée à l’arrivée massive des open space, prenant de l’ampleur avec le fameux flex office, nouvelle marotte des grands sièges sociaux. BETC, Crédit Agricole, Mozilla, L’Oréal, Evaneos ou encore Nokia pour n’en citer que quelques-uns. Pourtant, cela n’a pas toujours été le cas. Autrefois, les bureaux des cadres étaient presque bordéliques. “Pendant les Trente Glorieuses, les cadres et ingénieurs étaient peu nombreux dans les entreprises. Ils avaient une place privilégiée entre les ouvriers et les dirigeants et avaient leur totale confiance”, affirme Danièle Linhart, sociologue du travail et directrice de recherche émérite au CNRS.
Depuis 20 ou 30 ans, le nombre de cadres et d’ingénieurs a considérablement augmenté. “Pour leur faire comprendre qu’ils étaient des salariés comme les autres, on leur a donné des espaces de travail restreints, fermés à l’époque, à l’image des ouvriers sur leur conduite de ligne. Le mode de disposition des espaces de travail rentre dans le cadre d’une disciplinarisation.” Quid des bureaux sur lesquels rien de dépasse ? “Cela traduit tout de même que les salariés ne sont pas maîtres chez eux. Ces espaces de travail rappellent qu’ils sont à la disposition de l’entreprise”, révèle Danièle Linhart.
Une productivité plus coûteuse
Sans oublier que le flex office peut engendrer un certain stress, lié au fait de ne pas avoir de bureau attribué par exemple. “Certains viennent plus tôt pour être certains d’avoir un bureau qui leur convient.” Malgré un management bienveillant de la part de la direction, le cadre doit tout de même appliquer les bonnes pratiques et les processus de l’entreprise et répondre à l’exigence commune de ne rien laisser traîner. “L’idée n’est pas de rendre les salariés malheureux. Il faut qu’ils soient heureux pour faire leur travail. D’où les salles de repos, des espaces de réunion agréable, etc.”
Alors que certains spécialistes crient à l’efficacité d’un bureau rangé sur la productivité, Danièle Linhart nuance : “Pour être efficace, il faut être dans sa zone de confort, se sentir chez soi et ne pas être inquiété. Je dirais que la productivité est plus coûteuse psychologiquement de la part des salariés. C’est plutôt stressant de se dire qu’on ne sera pas au bon endroit.” Pas facile de s’approprier l’espace quand tout doit être dépersonnalisé justement.
Rangez maintenant
Toujours est-il que vous devez tout de même ranger votre bureau et faire en sorte que rien ne dépasse. Vous avez beau trier régulièrement, le bazar revient. N’en jetez plus, la méthode Kon Mari est faite pour vous. Sa créatrice, Marie Kondo, a écrit un livre pour aider à trier de manière efficace à la maison. “Le critère principal est de garder ce qui provoque de la joie ou ce qui reste utile. C’est ce qui concerne principalement les entreprises”, explique Aurélie Capogna, coach en rangement certifiée Marie Kondo.
En cette période de rentrée, c’est le meilleur moment pour opérer des changements. “Un bureau encombré empêche d’être inventif.” D’abord, videz complètement votre bureau, tiroirs et autres casiers. Pendant que vous videz tout, regroupez déjà par famille : fournitures, papier, support de formation, papiers divers… Prenez chaque objet dans la main et demandez-vous si vous vous en servez régulièrement ou non. Si ce n’est pas le cas, donnez ou recyclez.
“Pour la papeterie, on a souvent tendance à accumuler. Tout le monde a toujours trop de stylos par exemple. Gardez ce que vous utilisez et remettez le reste dans l’armoire commune”, indique la coach. Vous gardez précieusement les supports de la formation que vous avez suivie il y a 2 ans, “au cas où”… Jetez ! “C’est très rare que l’on se penche dessus après. En fait, une formation prend sa valeur au moment où vous êtes dans la salle. Vous en tirez profit en l’appliquant tout de suite. Jetez et déculpabilisez parce que, de toute façon, vous jetterez tout en quittant l’entreprise”, analyse Aurélie Capogna.
Idem pour les livres. D’autant que la littérature professionnelle est assez vite obsolète. “Plus on garde de livres, moins on saura dans lequel aller chercher de l’information. Moins on en a, plus ils auront de l’impact”, affirme-t-elle. Cette démarche peut prendre du temps mais elle vaut le coup : “Il y a un effet ‘wahou’ gratifiant et encourageant. Sans compter l’effet boule de neige dans l’open space”, conclut Aurélie Capogna.
À RETENIR
- * Videz tout
- * Pour chaque objet, posez-vous la question de son utilité
- * Rangez
- * Profitez