Carrière

« Quand on part à l’étranger, on a tendance à se réinventer »

Alors que les lauréats de l’édition 2018 des Trophées des Français de l’étranger seront révélés ce 13 mars, Hervé Heyraud, fondateur du site lepetitjournal.com, revient sur les récompenses et le phénomène d’expatriation des Français. Interview.

 

Pourquoi avoir créé les Trophées des Français de l’étranger ?
J’ai créé lepetitjournal.com* en 2001 alors que j’avais vécu 13 ans au Mexique et en Thaïlande. J’ai réalisé en rentrant en France que l’expatriation souffrait d’une mauvaise image. Tous les expatriés étaient vus comme des exilés fiscaux alors que cela ne correspond pas du tout à la réalité. Beaucoup entreprennent, investissent localement, s’engagent dans des associations, font la promotion de la langue française, voire de la France et s’accomplissent artistiquement. Mais, loin des yeux, loin du cœur. La société française ne leur accorde pas un grand intérêt. À travers les Trophées, lancés en 2013, je voulais que cet événement change l’image des résidents français, qui n’est pas toujours valorisée alors que leur nombre a doublé en 25 ans.

 

Qu’est-ce qui émerge parmi les lauréats 2018 ?
Je suis très surpris du nombre de candidatures en ligne, 260 cette année. À chaque édition, nous découvrons des pépites parmi les profils. Quand on part à l’étranger, on a une plus forte tendance à se réinventer parce qu’on n’a pas le choix. Sortir de sa zone de confort ouvre le champ des possibles. Sur les dernières années, le nombre d’entrepreneurs augmente, suivant la tendance française. Beaucoup de gens partent vivre à l’étranger avec une idée de business, ou en tant que salariés et finissent par en ouvrir un sur place. Ce qui évolue aussi, c’est le nombre de jeunes qui partent, au cours de leurs études ou pour des PVT (Permis Vacances Travail, NDLR). Les Trophées des Français de l’étranger récompensent des gens qui ont des idées, des parcours personnels intéressants. Il n’y a pas de portrait type parce que cette population évolue. Plus ça va, plus elle est hétérogène et se rapproche de la population française.

 

Pourquoi l’expatriation séduit-elle autant les Français ?
Parce qu’aujourd’hui, s’expatrier est facile. Avec les outils numériques, il est plus simple de garder contact avec la France. C’est le cas des retraités, que ce soit des petits ou des moyens budgets. Ils veulent profiter du soleil et accroître leur pouvoir d’achat. Il faut savoir que la France n’a jamais été un pays d’expatriation, contrairement à l’Angleterre ou l’Allemagne. La conjoncture difficile de ces dernières années a aussi poussé certains vers l’extérieur. Quand on a du mal à se faire une place dans la société, on va voir ailleurs. Les programmes d’études internationales incitent les jeunes à bouger également. D’autant que les parcours à l’étranger sont valorisés. En tout cas, l’expatriation est une tendance qui pourrait durer. Chaque année, le nombre d’expatriés français augmente. Je pense que l’appétence sera toujours plus grande.

 

Comment voulez-vous voir les Trophées évoluer ces prochaines années ?
Depuis l’année dernière, une personnalité parraine l’édition. Pour la première fois, c’était Serge Betsen, ancien joueur de rugby. Il habite à Londres avec sa famille et a créé son entreprise. Cette année, c’est Frédéric Raillard de l’agence Fred & Farid qui a un long parcours à l’international. Installé à Los Angeles depuis 6 mois, il apprécie ses nombreuses expériences à l’étranger pour son ouverture aux autres, le challenge professionnel et personnel que cela implique et la faculté à se remettre en question que cela nécessite. L’idée est de continuer avec ce système de parrainage et de garder les 7 catégories existantes (social et humanitaire, entrepreneur, éducation, culture et art de vivre, jeune espoir, prix du public et ancien élève des lycées français, catégorie ouverte à toutes les nationalités, NDLR). J’aimerais également mettre en avant l’innovation, pour inspirer tout le monde, en France aussi.

* lepetitjournal.com

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