Selon la dernière enquête du cabinet Universum, réalisée auprès de 37 902 étudiants français, les jeunes donnent la priorité à la rémunération et à l’éthique quand ils cherchent un premier employeur.
Chaque année, le cabinet de conseil Universum interroge plus de 35 000 étudiants français, en niveau Master, sur leurs perspectives professionnelles. Parmi les jeunes sondés, 21 302 sont en école de commerce, tandis que 14 786 en école d’ingénieurs (1 814, autres). Avec un âge moyen global de 22,4 ans, 47 % sont des femmes. Leurs entreprises préférées sont, pour les élèves ingénieurs, Airbus, Google, Thales, Safran et Dassault Aviation, des entreprises du secteur aéronautique. Côté écoles de commerce, on retrouve LVMH en première place, comme dans le classement des 25 entreprises les plus attractives sur LinkedIn, suivi par L’Oréal, Google, Chanel et Apple.
- Les secteurs préférés des étudiants en école d’ingénieurs et de commerce.
Peu de changement sur les podiums pour les secteurs favoris des commerciaux. Même constat chez les ingénieurs. L’aérospatial et la défense sont des domaines qui font toujours rêver, très développés en France, avec des produits séduisants. À noter une très légère baisse de ce secteur en comparaison de l’industrie bancaire (audit, banque, conseil en stratégie) qui a un peu augmenté, grâce aux fortes rémunérations proposées. Un engouement également lié à la croissance de l’économie française. En revanche, d’autres secteurs d’activité se démarquent en 2018, de par leur baisse d’attractivité, notamment la grande distribution et l’agro-alimentaire. C’est une tendance qui dure depuis quelques années. Sont mises en cause les conditions de travail. Aurélie Robertet, directrice Universum France et Bénélux, évoque des débuts de carrières à sillonner la France pour aller à la rencontre des supermarchés, avec des horaires décalés. Puis, des produits qui fascinent beaucoup moins, en comparaison avec l’augmentation des circuits courts et de l’attrait des Français pour la qualité de leur nourriture.
Le géant américain Amazon fait un bond de 13 places. C’est la plus grosse progression. Elle s’explique par une offensive liée à une politique de recrutement, avec environ 1 500 postes à pourvoir annoncés, l’ouverture d’un centre de recherche et développement en France et des innovations attirantes, comme la livraison par drone et les supermarchés sans caisse. Kusmi Tea, Club Med et Deezer font leur entrée dans les entreprises préférées des étudiants en Master.
Quête de sens
Alors que la presse évoque de plus en plus les burn-out et des difficultés liées à l’équilibre entre vie professionnelle et personnelle, les jeunes personnes interrogées semblent accorder un peu plus d’importance à leur rémunération qu’à ces questions de bien-être. Aurélie Robertet nous révèle que ce phénomène s’explique grâce la croissance économique qui pousse à se concentrer sur des critères liés à la performance et à l’argent. En période de crise, les étudiants ont plutôt tendance à se préoccuper d’autres aspects de leur emploi, comme le bien-être en général. En tout cas, il y a une corrélation directe entre la situation économique d’un pays et les aspirations des jeunes diplômés. La directrice d’Universum précise que l’actualité du pays influence leurs préoccupations et le choix de leur employeurs. S’ils font preuve de plus d’exigence, ils ne sont pas non plus vils et superficiels. Depuis quelques années, l’enquête laisse apparaître le réveil de leur sens de l’éthique au travail. En 2009, la réponse possible “être dédié à une cause ou contribuer à rendre les choses meilleures” était en 9ème position, cette année, elle est deuxième… Cette génération est donc en quête de sens, mais veut aussi être bien payée. Aurélie Robertet ajoute que leurs futurs employeurs doivent leur donner le sentiment qu’ils apportent une pierre à l’édifice. Par contre, mauvais point pour ces étudiantes et étudiants. Les médias ont beau parler du sujet des inégalités salariales entre hommes et femmes depuis des années, il semblerait que le problème soit plus ancré dans notre inconscient que ça. Ici, les écarts de prétentions salariales se sont creusés par rapport à 2017. En 2018, les étudiantes s’attendent à percevoir 32 958 euros annuels une fois diplômées quand les hommes veulent 37 041, soit 4 083 euros d’écart et une différence de 12,4 %. En 2017, ce chiffre était de 3 356 euros (10,5 % de différence). “C’est affligeant”, conclut Aurélie Robertet. Une preuve que le problème de l’écart de salaires est beaucoup plus profondément ancré dans notre société.