Dans un contexte d’incertitude et de remise en question du rapport au travail, les indicateurs de la santé mentale des salariés sont à scruter de près. La 11e vague du baromètre de la santé psychologique des salariés français, réalisé par OpinionWay pour le cabinet Empreinte Humaine, fait état d’une dégradation généralisée et des manquements du système de prévention.
Parmi les premiers enseignements de la 11e vague du baromètre de la santé psychologiques des salariés français publié par Empreinte Humaine ce 9 mars 2023, celui du taux de détresse psychologique donne le ton. En effet, 44 % des salariés interrogés présentent des signes de détresse psychologique, soit 3 points de plus qu’en juin 2022, dont 14 % de détresse psychologique élevé. Cette donnée, qui intègre des symptômes de dépression et d’épuisement mais aussi d’incapacité à se projeter, confirme un rapport au travail qui se tend (74 % des salariés déclarent que leur état de santé psychologique est lié partiellement ou totalement au travail). « Ces indicateurs et leur progression qui se confirme laissent présager des troubles mentaux et psychologiques qui découlent d’un mal-être au travail. Je fais donc le pari que l’absentéisme va augmenter ou se maintenir à des niveaux élevés, qu’il va y avoir encore beaucoup de turn-over et qu’on continuera de parler d’un rapport au travail qui se dégrade et des difficultés à retenir les collaborateurs« , analyse Christophe Nguyen, psychologue du travail et président d’Empreinte Humaine.
Les populations les plus touchées par les risques psychosociaux (RPS) ne changent pas : les femmes (49 %, +3 points), les managers (44 %) et surtout les jeunes de moins de 29 ans (55 %, +4 points). Malgré tout, le taux de burn-out, calculé sur la base d’un questionnaire scientifique reconnu, s’affiche à la baisse en 2023, à 28 % de risque de burn-out (-6 points). Sur ce total, 10 % présentent un risque de burn-out sévère, soit deux millions de personnes. « Les coûts sociaux sont énormes« , affirme Christophe Nguyen, qui pointe notamment les prescriptions médicales (39 % des personnes en burn-out, les arrêts de travail (50 %) et les hospitalisations (9 %)).
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Jeunes et seniors
En matière de vie au travail et de santé psychologique, le rapport entre jeunes salariés et seniors joue un rôle de premier plan. Selon 34 % des travailleurs, les seniors de plus de 50 ans ne sont pas bien traités dans leur entreprise. Et, pour 6 salariés sur 10, cet état de fait a un impact sur la motivation des nouveaux arrivants. « 9 jeunes sur 10 ne veulent plus être managés comme les autres générations, complète le président d’Empreinte Humaine, la perception du surengagement des aînés mis en rapport avec leur traitement influence l’engagement des jeunes au travail. Le rapport au travail a changé, il est plus individualiste, les gens ne sont plus prêts à accepter de subir une situation qui ne leur convient pas ou nuit à leur santé mentale« . Une inquiétude qui se projette également sur la fin de carrière, puisque 6 personnes sur 10 estiment que leur état de santé psychologique ne leur permettra pas de travailler jusqu’à la retraite dans ces conditions.
De fait, ces enjeux se centralisent autour de la question managériale en entreprise. Selon Christophe Nguyen, « les problèmes ne viennent pas que du manager, mais beaucoup de solutions viennent de lui. Beaucoup de salariés ont le sentiment d’être considérés comme une ressource ou un moyen d’atteindre des objectifs, sans que l’entreprise ne se rende compte ou ne s’intéresse à ce qu’ils vivent et ce dont ils ont besoin pour être plus épanouis et performants. »
Quête de reconnaissance
Si, aujourd’hui, les initiatives des entreprises en matière de qualité de vie au travail (QVT) se multiplient, leurs apports concrets sont relatifs. Plutôt que des démarches ponctuelles et limitées, les travailleurs recherchent avant tout plus de sens au travail (70 %). « Les gens souhaitent un meilleur rapport au travail, ils ont besoin d’être mieux payés, d’être reconnus, d’avoir un meilleur équilibre avec leur vie personnelle pour être plus efficaces« , relève Empreinte Humaine. Plus de concret et moins de poudre aux yeux donc.
Aussi, les politiques de prévention des RPS apparaissent trop peu efficaces et structurelles, notamment en comparaison avec d’autres pays. « Il faut repenser la formation et la culture de nos dirigeants sur les enjeux de management liés à la santé au travail, affirme Christophe Nguyen, la France est un des pays européens où il y a le plus d’accidents au travail. On a mis le paquet sur la reconnaissance de ces accidents et sur leur réparation, plutôt que sur la prévention, contrairement au Québec par exemple, qui en fait un vaste sujet de santé publique« . Autrement dit, si le sujet de la santé mentale s’impose aujourd’hui, il faudra encore beaucoup de pédagogie et de formation pour prendre la mesure de ses enjeux.
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Fabienne Broucaret, rédactrice en chef de Courrier Cadres, recevra :
– Laure Aimé, Conseillère RH et QVCT au sein de Juridica (filiale AXA).
– Christophe Nguyen, psychologue du travail et président du cabinet Empreinte Humaine.
Rendez-vous ici pour vous inscrire : https://us02web.zoom.us/webinar/register