Management

Semaine de 4 jours en entreprise : “Un défi qui se révèle payant en matière de QVT”

Depuis 2019, les salariés de Welcome to the Jungle travaillent 4 jours par semaine. Résultat : ils concilient mieux leurs temps de vie, se sentent plus engagés et sont même plus productifs. Camille Fauran, directrice générale de WTTJ, fait le point sur les avantages et les défis que pose ce rythme de travail.

Comment et pourquoi avoir mis en place un tel rythme de travail ?

Nous avons expérimenté cette organisation en juin 2019, et l’avons généralisée en novembre. Si nous l’avons mis en place, c’est parce que nous menions une réflexion sur l’équilibre vie professionnelle – vie personnelle de nos collaborateurs. L’idée de passer à une semaine de 4 jours est venue naturellement, car le fait de pouvoir disposer d’une journée par semaine pour faire ce que l’on veut apporte un réel équilibre des temps de vie ; et parce que nous escomptions que ce rythme aiderait nos salariés à se projeter dans une vie de parents équilibrée.

 

Qu’y gagnent les salariés et l’entreprise ?

Les deux jours pouvant être pris sont le mercredi ou le vendredi. Les salariés bénéficient ainsi d’un jour de repos hebdomadaire, qui leur permet d’avoir un week-end de trois jours, ou de passer du temps avec leurs enfants, qui ne vont pas à l’école.

Nous n’intervenons pas dans ce qu’ils font de leurs jours “off”, mais ils sont nombreux à en profiter pour mener des projets personnels. Nous avons par exemple beaucoup de créatifs et de développeurs qui ont tout intérêt, pour être meilleurs dans leur travail, à pouvoir passer du temps sur d’autres projets que ceux qu’ils mènent chez nous. Pendant ce jour de repos, ils peuvent aussi se former, faire du sport ou se dédier à des associations.

Qu’y gagnons-nous ? Un engagement maximal de nos collaborateurs, qui peuvent se projeter avec nous dans la durée : ils travaillent beaucoup, mais savent que leur employeur se soucie concrètement de leur bien-être.

 

Les salaires restent-ils les mêmes ? Ainsi que l’amplitude horaire ?

Les salaires n’ont pas été modifiés, car il s’agit d’une semaine de 4 jours, payés 5 jours. Certaines entreprises ayant adopté ce rythme de travail ont allongé en contrepartie l’amplitude horaire quotidienne, mais nous avons de notre côté décidé de ne pas le faire. Car l’objectif n’était pas d’épuiser nos salariés avant leur jour de repos. En revanche, nous avons constaté que les journées sont plus denses. Nos collaborateurs ont, d’eux-mêmes, diminué par deux leurs temps de pause.

Nous avons aussi constaté que certains ont malgré tout, de leur propre volonté, travaillé sur leurs jours “off”. Bien que cela se fasse de manière limitée, entre 1 et 2 heures. Ce travail en “off” est le risque principal de ce type d’organisation. C’est pourquoi nous continuons à mesurer ce qui se passe pendant ces jours de repos. Nous réalisons des questionnaires avec nos collaborateurs afin de vérifier si le rythme de 4 jours nécessite un ajustement, notamment avec une formation sur la gestion du temps de travail, ou des objectifs revus à la baisse.

 

Avez-vous finalement constaté des gains en matière de productivité ?

Lors de la mise en place de ce nouveau rythme, nous faisions un vrai pari sur notre performance, puisque nous enlevions 20 % du temps de l’intégralité des collaborateurs. L’idée n’était pas de mettre en péril nos performances économiques pour autant.

Au début, nous avons constaté une baisse de performance globale de 20 %. Mais nous avons travaillé pour résoudre cela et, 6 mois plus tard, nous étions au dessus du niveau d’avant la semaine de 4 jours. La clé : aider nos collaborateurs à mieux s’organiser pour être plus efficaces.

Les psychologues avec qui nous travaillons sur ce projet nous ont indiqué que nos collaborateurs ont le sentiment d’avoir plus de contrôle sur leur vie personnelle. Sans être plus stressés qu’avant, puisqu’ils savent qu’ils disposent d’un jour pour décompresser. Ce qui les rend plus productifs.

Aujourd’hui, l’enjeu est de réussir à aider les salariés qui ont des difficultés à s’organiser. Ces derniers, qui avaient déjà du mal à s’organiser en 5 jours, risquent d’avoir encore plus de mal en 4 jours. Le défi est donc de réussir à les former et à les accompagner, par exemple par des partages de bonnes pratiques en interne sur la gestion du temps et des priorités.

L’employeur ne doit pas non plus hésiter à revoir sa copie, car ce qui dysfonctionne un peu en 5 jours, dysfonctionne franchement en 4 jours. Des équipes mal organisées ou instables peuvent compenser en temps normal, mais plus ainsi. Il n’est plus possible de mal allouer son temps. Cela nécessite parfois de se réorganiser, quitte à créer de nouvelles fonctions ou de nouveaux métiers. C’est un vrai défi, mais qui se révèle payant en matière de QVT.

 

Comment avez-vous réussi à préserver la cohésion de vos équipes avec un tel rythme, a fortiori depuis que le télétravail s’est généralisé avec le Covid-19 ?

Nous avons apporté beaucoup d’ajustements depuis le début. La première mouture de la semaine de 4 jours permettait aux employés de choisir librement un jour “off”, entre le mardi et le vendredi. Mais cette organisation s’est révélée ingérable. Nous n’arrivions plus à nous voir. Organiser une réunion à 5 personnes était devenu impossible.

Le premier ajustement a été de limiter les jours “off” possible, avec impossibilité de les changer pendant 3 mois. Les autres jours, nous savions que nous étions tous dans l’entreprise, et nous pouvions organiser nos équipes en fonction d’un planning stable. Le cadre étant défini, il était par contre de la responsabilité de nos managers de veiller à préserver un équilibre dans leurs équipes sur la répartition des jours.

Mais la semaine de 4 jours en tant que tel n’a pas changé nos habitudes : traditionnellement, le vendredi soir, beaucoup de salariés allaient boire un verre ensemble pour finir la semaine, et cela s’est déporté le jeudi soir. Les rituels se sont juste décalés, et les grandes réunions d’équipe se sont fixées le lundi, quand tout le monde est là. Nous avons aussi continué à organiser des moments de team building. Il s’agit juste d’un rythme à retrouver.

La période actuelle est très particulière : avec le Covid-19, les événements de cohésion, comme les team building ou les moments informels en présentiel sont difficiles à organiser. Nous multiplions les visioconférences et les rituels virtuels. Là encore, les jours où tout le monde travaille.

 

 

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