Carrière

Strasbourg, au-delà des idées reçues

Avec près de 276 000 habitants*, Strasbourg est une ville à taille humaine qui jouit d’un tissu économique dynamique, et offrant une qualité de vie agréable. Cependant, les recruteurs peinent à y attirer les cadres, tant les stéréotypes sur l’Alsace sont encore présents.

Seulement 17 %** des jeunes cadres placent Strasbourg parmi les agglomérations les plus attractives de France, et à peine 7 % citent l’Alsace comme région idéale dans laquelle ils souhaiteraient travailler. Des chiffres qui témoignent du manque d’engouement suscité par le territoire. Strasbourg et sa région bénéficient pourtant d’atouts non négligeables, tant en termes d’opportunités professionnelles que d’environnement. D’où provient ce manque d’appétence pour la région et quelles possibilités offre-t-elle ?

La mauvaise réputation
Les recruteurs sont unanimes. Ils peinent encore à attirer les cadres à Strasbourg et dans sa région. En cause, l’image négative et désuète que ces derniers en ont. Philippe Haen, président de Managing (cabinet de recrutement et conseil en ressources humaines), dont le siège est à Strasbourg, explique : “Il y a des clichés qui persistent sur l’Alsace, à savoir que la région est excentrée, qu’il y fait toujours froid, etc. Les gens pensent également qu’il y a ici plus de rigueur de par la proximité avec l’Allemagne, et que l’on parle encore le dialecte alsacien. Nous avons donc un peu de mal à attirer les cadres dans la région”. Une image faite de stéréotypes, figée dans le temps, et qui peine à se renouveler. Cette tendance est également confirmée par Stéphane Glaser, fondateur de Global Mind Search (conseil en recrutement de cadres et dirigeants) : “Nous rencontrons des difficultés à attirer les talents à Strasbourg, car la région souffre encore de clichés, à tort. Lorsque l’on évoque l’Alsace, les gens ont l’image d’un pays froid, où les hivers sont rudes, et dont les habitants ne sont pas très liants. Il y a donc un vrai travail de communication à effectuer auprès des candidats”.
Forte de ce constat, la région a décidé d’agir. Aussi, “en 2011, a été lancée la marque ‘Alsace’, souligne Philippe Haen. Soutenue par le conseil régional, elle a pour objectif de renforcer l’attractivité et le rayonnement de la région. On ne se fait pas suffisamment connaître, c’est pourquoi la marque doit constituer un véritable vecteur de communication, afin que ces clichés négatifs disparaissent. À travers cette marque, l’Alsace s’est attribuée un triple A : ambitieuse, audacieuse et attractive”. Des initiatives presque accueillies avec soulagement par les recruteurs. “Heureusement, la région s’est dotée de personnes qui ont mis en place des structures comme ‘Bienvenue à Strasbourg’ , afin de faire découvrir et aimer l’Alsace aux nouveaux venus, rapporte Stéphane Glaser. Pour renforcer l’attractivité du territoire, certaines entreprises organisent des week-ends de découverte à destination de leurs futurs embauchés. On assiste progressivement à une tendance plus favorable de la part des cadres, qui sont de plus en plus à la recherche d’un équilibre entre vie professionnelle et personnelle, que peut leur offrir Strasbourg”. La communication autour de la région est primordiale pour attirer les cadres en Alsace, mais les opportunités professionnelles doivent également être au rendez-vous.

Une économie diversifiée
Strasbourg jouit d’une situation géographique stratégique pour les entreprises, en plein cœur de l’Europe. L’arrivée du TGV Paris-Strasbourg en 2007 a contribué à désenclaver la région. “L’Alsace bénéficie d’un tissu économique régional dynamique, diversifié et à fort potentiel, raconte Philippe Haen. Elle comporte cinq pôles de compétitivité : Alsace Biovalley, Véhicule du futur, Fibres Grand Est, Alsace énergivie et Hydreos. Ils assurent le lien entre le monde de la recherche et les entreprises. On trouve de belles sociétés dans la région : Tryba, Kuhn, Sew Usocome, Wincanton, etc. Et l’IRCAD (Institut de recherche contre les cancers de l’appareil digestif, ndlr) est une référence mondiale en termes de développement de nouvelles technologies chirurgicales et d’imagerie médicale”.
Stéphane Glaser met quant à lui en avant le tissu industriel puissant de la région : “Adidas, Puma, Soprema, Le Coq Sportif, les Brasseries Kronenbourg, etc. Les secteurs qui recrutent sont essentiellement l’industrie pharmaceutique, les biotechnologies et l’agroalimentaire. De grandes sociétés familiales allemandes sont présentes et recherchent des cadres français. Ce sont des entreprises qui aiment fidéliser et faire évoluer leurs salariés”. Pour Frédérique Friche, consultante associée du cabinet Berthier Consultants (conseil et recrutement de dirigeants, cadres et spécialistes), la configuration frontalière de l’Alsace donne une dimension internationale à beaucoup de postes. “Les entreprises sont la plupart du temps fortement exportatrices”.
Comme dans beaucoup de régions, certains profils sont plus particulièrement prisés par les recruteurs. “On recherche toujours en premier lieu des fonctions commerciales, rapporte le président de Managing. Elles représentent un tiers des postes. Viennent ensuite l’étude recherche et développement et l’informatique. Ce sont essentiellement les services qui recrutent, suivis de l’industrie. Nous ciblons généralement des cadres ayant au moins cinq années d’expérience”. De par la position géographique de la ville, Stéphane Glaser précise que “les entreprises sont à la recherche de profils au moins bilingues anglais, et parler allemand en plus est souvent apprécié. Les demandes concernent essentiellement des ingénieurs, managers d’équipes de recherche, fonctions marketing, et il y a une pénurie de profils financiers et d’ingénieurs dans l’industrie automobile”.

Une ville agréable
Strasbourg et sa région sont victimes d’une image qui ne semble pas très séduisante. Néanmoins, Philippe Haen constate qu’“une fois que les cadres sont sur place, ils ne veulent plus repartir”. L’Alsace bénéficie en effet de nombreux atouts en termes de qualité de vie, notamment à destination des familles. Le président de Managing confie : “Il y a sur place une grande variété de paysages comme des forêts, des vallées, des plaines. Et puis Strasbourg est la capitale de Noël ! La région est particulièrement propice aux loisirs et les gens qui aiment la nature sont servis”. Entre ville et nature, Strasbourg et sa région offrent un cadre de vie agréable, propice à un bon équilibre entre vie professionnelle et personnelle. “La région est un vrai brassage culturel et jouit d’une proximité avec l’Allemagne, la Suisse et l’Autriche”, note Stéphane Glaser.
Si l’immobilier dans le centre de la ville a un certain coût, il n’est en rien comparable avec les prix qui sont pratiqués à Paris. “Nous faisons partie des régions où le foncier est assez cher, de par la présence des institutions européennes, constate Philippe Haen. Certains candidats sont d’ailleurs surpris par le coût de la vie sur place. Mais le niveau de vie est globalement plus élevé que dans d’autres régions de province”. Une tendance confirmée par Frédérique Friche : “Les salaires y sont légèrement supérieurs à d’autres villes de province grâce à la proximité de l’Allemagne et de la Suisse qui tirent les entreprises françaises vers le haut”.
Les Strasbourgeois ont la réputation de ne pas être ouverts et facilement accessibles. Stéphane Glaser explique : “La ville est accueillante, mais il faut aller vers l’autre. Néanmoins, une fois que vous avez créé un lien, ce dernier est solide car les Alsaciens sont très fidèles en amitié”. Et Philippe Haen d’ajouter : “On a parfois du mal à s’intégrer dans la région quand on n’en est pas originaire, mais une fois que l’on a fait connaissance avec les gens sur place, on ne peut que constater qu’ils sont très fidèles. Et après un temps d’adaptation, vous vous faites beaucoup d’amis”. Un stéréotype supplémentaire dont la ville est victime.
Bien que certains clichés persistes, le dynamisme économique et humain dont la région fait preuve veille à inverser la tendance et à faire découvrir ou redécouvrir l’Alsace à ses détracteurs. Par ailleurs, Strasbourg ne cesse de se rapprocher de Paris. “D’ici quelques années (2016, ndlr), le TGV va gagner 1/2 heure sur le trajet jusqu’à Paris, ajoute Philippe Haen avant de conclure : J’ai rarement rencontré des cadres qui soient venus et qui aient souhaité repartir”.

*Source Insee.
**Étude de l’Apec intitulée “L’Attractivité des régions françaises pour les jeunes cadres et les jeunes diplômés”, publiée en mars 2012.

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