Le télétravail à 100 % génère souvent des coûts supplémentaires pour les salariés. Des coûts que ces derniers ne prennent pas toujours la peine de calculer. Or, selon une nouvelle étude du cabinet ConvictionsRH, le surcoût lié au travail à domicile peut atteindre jusqu’à 174 euros par mois.
Face au Covid-19, le gouvernement incite les entreprises à généraliser plus que jamais le télétravail (et menace de sanctions les employeurs qui ne joueraient pas le jeu). Mais si le “full remote” peut être synonyme de plus d’autonomie pour les salariés, il peut aussi signifier des frais supplémentaires. Des coûts que ces derniers ne prennent pas toujours la peine de calculer.
Ce qui pose de plus en plus de questions concernant leur prise en charge. Or, le flou domine autour de ce que les entreprises doivent ou non rembourser. Pour aider les RH “à y voir plus clair”, ConvictionsRH a sondé une centaine d’organisations ayant fait le choix d’indemniser leurs collaborateurs. Son étude, que nous avons relayée en janvier 2021, nous apprend notamment que seules 3 entreprises sur 10 participent aux “frais quotidiens” des télétravailleurs.
Mais combien coûte le télétravail à 100 % ? ConvictionsRH a réalisé une simulation avec Le Parisien, qui permet de constater que le surcoût peut atteindre jusqu’à 174 euros par mois.
Selon ConvictionsRH, un télétravailleur type enclenche des frais pour 3 grands types de dépenses : les frais courants, les fournitures et le mobilier / matériel informatique. Dans les frais courants, on trouve l’eau utilisée lors des passages aux WC, l’électricité, les capsules de café ou les sachets de thé, les repas et le chauffage. Concernant les fournitures, les salariés achètent des stylos, des carnets de note, du papier et des cartouches d’encre. Enfin, le mobilier et le matériel informatique concernent des achats ponctuels, mais importants : casque (35 euros), siège (40 euros), bureau (80 euros), imprimante (50 euros), deuxième écran (110 euros).
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Selon le profil, des économies ou des surcoûts importants
Dans son étude, ConvictionsRH évalue les frais supplémentaires (pour 20 jours de télétravail par mois) en fonction de plusieurs profils de salariés. En voici 3 très représentatifs, car ils montrent bien que selon le contexte, un télétravailleur peut tout aussi bien faire des économies globales ou au contraire dépenser plus :
=> Thomas est webdesigner et vit en région parisienne dans un appartement de 100 m2. Il dépense 21 euros par mois de frais courants (chauffage au gaz, électricité, eau, mais pas de frais de repas car il utilise des tickets restaurants en supermarché), ainsi que 2 euros par mois en fournitures (stylos, papier pour imprimante, cahiers). Il ne réalise pas d’économies en matière de transport, puisque son entreprise lui remboursait déjà son pass Navigo à 100 %. Son surcoût total est estimé à 22,85 euros par mois. Auquel vient s’ajouter l’achat d’un casque et d’un siège, pour 75 euros.
=> Sophie est chargée de recrutement et habite Paris, dans un logement de 50 m2. Elle dépense 56 euros pour le chauffage électrique, l’électricité, l’eau, et les capsules de café. Elle dispose de titres restaurants pour les repas. En revanche, elle dépense plus en fournitures : 8 euros par mois, pour des stylos, des cartouches, du papier et des cahiers. Au total, son surcoût total est de 26,50 euros par mois. Auquel viennent s’ajouter de nombreux achats uniques : un bureau, un siège, un deuxième écran, et une imprimante ; pour 280 euros.
=> Bruno est informaticien et vit près de Nantes, dans un logement de 150 m2. Il dépense 153 euros en frais courants (repas le midi sans titres restaurant, chauffage électrique, électricité, eau). Comme il travaille sans papier, et qu’il se rend au travail à vélo, les frais de transports et de fournitures ne jouent pas. En revanche, il ne s’achète plus à midi de “formules sandwich”, et réalise ainsi 160 euros d’économies par mois. Il n’a pas non plus acheté de matériel supplémentaire. Ce faisant, il n’a pas de surcoût, mais une économie globale de 7,20 euros par mois.
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De 13 à 174 euros par mois de surcoûts
Le chauffage est l’une des dépenses supplémentaires les plus importantes générées par le télétravail, selon l’étude. Sachant que “certains salariés le baissent, parfois fortement, en allant travailler.” Il varie selon la surface de l’habitation et le type d’énergie utilisé, mais oscille entre 22 euros par mois (50 m2 chauffé au gaz) et 54 euros par mois (150 m2 chauffé à l’électrique).
Les repas, quand ils ne sont pas pris en charge par l’employeur, reviennent en moyenne à 99 euros par mois aux télétravailleurs (4,95 euros par jour).
ConvictionsRH ne prend pas en compte dans son étude les dépenses liées aux abonnements internet / mobile. “Beaucoup de salariés ont un forfait illimité, qui n’entraîne pas de dépenses supplémentaires”, explique le cabinet.
Des économies sont possibles, quand les frais de repas sont couverts par des tickets restaurants, et qu’il n’y a plus de frais de transports (essence, pass Navigo). Elles peuvent être importantes, jusqu’à 160 euros par mois.
Au final, les surcoûts engendrés par le télétravail varient fortement: de 13 à 174 euros par mois, selon l’étude.
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“Les employeurs vont vite être obligés de se positionner”
Les employeurs finiront-ils par prendre davantage en charge ces dépenses ? Pour rappel, l’ANI signé par les partenaires sociaux en novembre 2020 reste flou et indique juste que le “choix des modalités de prise en charge des frais professionnels” peut être “un sujet de dialogue social en interne”.
Mais pour Jean-François Foucard, secrétaire national de la CFE CGC, les choses pourraient évoluer rapidement. “Vu la situation, les employeurs vont vite être obligés de se positionner. Travailler à la maison, cela a un coût. Les salariés ne vont pas pouvoir s’asseoir très long temps là-dessus”, indique-t-il au Parisien.
Interrogée sur le sujet, la ministre du Travail a assuré, sur Sud Radio, que “le principe [était] simple : passer en télétravail ne doit pas être un coût pour le salarié”. La prise en charge des dépenses par l’employeur doit ainsi “faire l’objet de discussions avec les représentants du personnel”, a rappelé Elisabeth Borne.