Actualités

L’intelligence artificielle, au cœur de la formation et du développement des compétences

Montée en compétences des collaborateurs et des managers, adaptation aux transformations à l’œuvre et nouveaux modes de travail, les défis s’accumulent en entreprise. Pour faire le bilan des perceptions et des priorités des salariés et des responsables RH sur ces enjeux, le Groupe de formation professionnelle Cegos a révélé ce 10 octobre l’édition 2023 de son Baromètre international Transformations, Compétences et Learning. En voici les enseignements clés.

Quelles transformations auront le plus d’impact en termes de développement des compétences ? L’intelligence artificielle et la data, selon le Baromètre international Transformations, Compétences et Learning 2023 de Cegos (1). « On constate un gros enjeu autour de l’IA, notamment en termes de rapidité pour proposer des réponses sur trois champs prioritaires : l’IA pour tous qui doit faciliter le travail et la QVT, l’IA dans les métiers et comme assistant de production, et enfin les métiers de l’IA qui se développent de plus en plus et provoquent une tension des recrutements », analyse Christophe Perilhou, directeur d’activité learning & solutions de Cegos. En revanche, la transition écologique n’arrive qu’au 6e rang des enjeux de transformation perçus comme allant avoir le plus d’impact sur les compétences. « Le sujet RSE ne parait pas adressé à la hauteur des risques, concède Christophe Perilhou. Cela pose un vrai risque de disqualification par les clients, les marchés et les talents des entreprises qui n’avanceront pas suffisamment sur ces questions ».

Un point notable : la question des nouveaux modes de travail (télétravail, flexibilité…) est citée par 40 % du panel, soit 12 points de moins que l’an passé (33 % en France, soit 9 points de moins).

De fait, les impacts de ces transformations sur l’organisation et le contenu du travail sont déjà perçus comme considérables. Pour 68 % des salariés français (74 % au global), ces tendances vont modifier le contenu de leur travail, et 25 % craignent même de voir leur métier disparaître (30 % au global), soit une hausse de 8 % par rapport à 2022.

Le défi RH de la montée en compétences

Face à ces défis, la question de la montée en compétences préoccupe : selon les responsables RH français, 17 % des emplois de leur organisation présentent un risque d’obsolescence des compétences dans les trois ans. « C’est une question que nous posons aux DRH chaque année, et nous observons que la tendance sur la question est plutôt à la baisse depuis 2021. Il semble que la pression de la période Covid soit dépassée et que les entreprises se sont rassurées sur leur capacité de résilience, mais cela reste de l’interprétation, complète Christophe Perilhou. Et, surtout, il y a un déplacement du champ de préoccupation RH vers la priorité recrutement/rétention ».

Pour accompagner ces besoins, 62 % des RH français entendent soutenir les collaborateurs dans leur montée en compétences et 65 % recruter de nouveaux profils. Aussi, comme le rappelle Christophe Perilhou, « un des enjeux pour les salariés, c’est d’être acteur de leur propre développement, c’est un point clé en termes d’employabilité ». Ainsi, pour 62 % des salariés et 63 % des RH au global, le développement des compétences est une responsabilité partagée entre l’entreprise et le salarié, contre 55 % et 48 % en France.

En outre, les besoins de renforcement des compétences exprimés tendent à challenger les schémas classiques de management. « Pour résumer très facilement, le modèle de management français reste basé sur le fait hiérarchique, la logique pyramidale et verticale. Or, toutes les organisations mesurent les limites de ce modèle aujourd’hui, qui peine à s’adapter lorsqu’il faut être agile. Il faut innover pour attirer et retenir des talents. Ce sont les pratiques et les processus qui sont peu à peu remis en question », explique le directeur d’activité de Cegos. 

Quels enjeux et attentes pour la formation aujourd’hui et demain ?

Si les efforts de formation professionnelle se renforcent, les solutions restent balbutiantes. 41 % des RH (37 % en France) font état de difficultés pour faire coïncider l’offre de formation avec les besoins en compétences. « Sur les deux lames de fond que sont l’IA et les sujets RSE, on constate que nos interlocuteurs dans les entreprises ont du mal à évaluer les impacts métiers en matière de compétences. Ce qui peut en partie expliquer les difficultés exprimées », observe Grégory Gallic, manager d’offre et d’expertise ingénierie pédagogique et efficacité professionnelle de Cegos. Un point positif, pour 85 % des salariés, les entreprises répondent bien à leurs besoins de formation, mais 44 % estiment qu’elles n’y répondent pas assez rapidement, et 41 % qu’elles y répondent « juste à temps ».

« De notre point de vue, au-delà d’une meilleure planification stratégique des besoins, il va falloir gagner en agilité et sortir du classique recueil des besoins annuels pour rédiger son plan de développement des compétences. Aller recueillir ces besoins une seule fois par an ne semble plus être suffisant aujourd’hui », juge Grégory Gallic.

En termes d’attentes concernant les parcours de formation, salariés et responsables RH n’expriment pas les mêmes priorités. Pour les salariés, la priorité, à 51 % (+ 18 % par rapport à 2022), est le rapprochement de la formation avec le travail quotidien, tandis que les RH expriment avant tout un intérêt pour une plus grande individualisation des formations (47 % au global, 57 % en France). L’IA apparaît justement comme un levier d’individualisation et d’accessibilité des parcours, mais son utilisation reste très limitée : si 63 % des RH envisagent de l’utiliser à cet effet, seuls 11 % l’ont déjà exploité pour individualiser les formations.

Plus globalement, les salariés distinguent trois principales qualités attendues dans une formation : son caractère opérationnel et directement applicable (52 %), son déploiement en présentiel par un formateur (42 %) et son aspect ludique (33 %).

(1) Cegos a interrogé 5 048 salariés et 488 directeurs ou responsables RH et/ou formation, dont 1 010 et 60 en France, du public et du privé. Un panel divisé en quatre blocs : France, Europe (France, Allemagne, Italie, Portugal, Espagne), Asie (Singapour) et Amérique Latine (Brésil, Mexique, Chili).

Ajouter un commentaire

Votre adresse IP ne sera pas collectée Vous pouvez renseigner votre prénom ou votre pseudo si vous êtes un humain. (Votre commentaire sera soumis à une modération)