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Troisième vague de Covid-19 : “les DRH ne peuvent pas vaciller, même si eux aussi sont épuisés”

Alors que débute une troisième vague de Covid-19, les DHR restent incontournables. Mais s’ils se doivent de tirer tout le monde vers le haut, le défi est aussi de réussir à ne pas vaciller eux-mêmes. L’analyse de Sabine Parisis, DRH du groupe spécialisé en rénovation énergétique Effy et présidente du groupe ANDRH de Neuilly-Levallois-Clichy.

Avec une pandémie qui n’en finit pas, une troisième vague qui débute, le télétravail à 100 % de retour… Que devrait être aujourd’hui la priorité des DRH ?

La situation n’est plus du tout la même qu’en octobre 2020 : à l’époque, les DRH se préparaient au reconfinement, mais aujourd’hui, ils ne s’y préparent plus, ils se tiennent prêt. Continuellement. L’année dernière, on se préparait à de l’organisation, à des pratiques, à du management adapté. L’enjeu était de repenser les temps et les accompagnements. Désormais, il ne s’agit plus seulement d’une crise sanitaire, mais aussi d’une crise sociale et psychologique. On constate dans les équipes une vraie fragilité physique et psychologique.

Les DRH se sont repositionnés. Leurs missions se sont recentrées sur l’humain et le collectif. En 2021, ils continueront de faciliter le travail et la performance, mais ils seront davantage orientés sur les risques psychosociaux et l’attention à porter sur chaque collaborateur. Ces prochains mois, ils devront veiller à maintenir l’engagement des salariés et le lien social.

La question n’est même plus de se préparer à une troisième vague ou à un reconfinement. Il ne s’agit plus tant pour les DRH d’encadrer le télétravail, d’appliquer le protocole sanitaire ou de former à de nouveaux outils, que d’aider les salariés sur le plan humain. Tous les aspects pratiques liés à l’organisation du travail et au management sont déjà au cœur de leur action depuis des mois. L’enjeu est aujourd’hui d’accompagner des salariés de plus en plus fatigués. D’aider les managers à animer leurs équipes, quand les liens se sont distendus au fil du temps.

 

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Il y a encore plus d’attente, chez les collaborateurs et les managers, vis-à-vis des DRH: ils sont la voix de l’entreprise. En cette période d’incertitude, le travail reste quasiment la seule chose stable dans le quotidien des individus. L’entreprise représente pour eux le lien social. Et la mission des DRH est d’entretenir ce lien, en le réinventant si besoin.

Leur responsabilité majeure est de veiller au collectif. Cela peut passer par des enquêtes régulières auprès des salariés, pour savoir comment ils s’organisent, comment ils gèrent leur équilibre vie pro-vie perso… Puis par des feed-backs (par les managers) qui libèrent la parole et entretiennent l’engagement. Les moments informels se font rares, mais le simple fait de débriefer ensemble autour d’une enquête sociale crée de la spontanéité. Entretenir le lien peut aussi se faire à travers des projets ou des événements collectifs. Même virtuels.

 

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Les DRH ont-ils un travail particulier d’accompagnement à faire en direction des managers, encore plus fatigués que leurs collaborateurs ?

Jusqu’ici, les DRH les formaient surtout au management à distance. Aujourd’hui, ils sont davantage en train de les accompagner sur les risques psychosociaux, sur la détection du burn-out chez les salariés… Mais aussi chez eux. Les managers, constamment sollicités, et plus généralement les cadres, sont fatigués. Les DRH doivent eux aussi les interroger sur leur moral ou leur charge de travail. Ils doivent être vigilants par rapport à leur bien-être, et les accompagner eux aussi individuellement. Leur demander, directement, comment ils vont. Les écouter.

 

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Les DRH, dont on attend beaucoup, semblent eux-mêmes fatigués par la pression qui pèse sur leurs épaules… Comment peuvent-ils rester des super-héros sans craquer ?

Depuis un an, les DRH portent les collectifs, leur montrent le chemin à suivre et s’engagent sur le plan opérationnel. Tout en s’efforçant de rester optimistes. Car ils sont obligés de l’être, pour les autres. Ils doivent informer tout le monde, même si les règles changent en permanence, avec le sourire. Se montrer rassurants. Maintenir un cap est leur responsabilité. Ils n’ont pas le droit de râler. Ils doivent être prêts à réagir à chaque annonce du gouvernement. Leur rôle est d’apporter, en permanence, un climat stable, favorable et optimiste. Ils ne peuvent pas vaciller ; sans quoi ils créeraient de l’inquiétude et de l’instabilité autour d’eux. Mais dans les coulisses, eux aussi sont fatigués et épuisés.

Certains peinent à faire en sorte que tout le monde garde la tête hors de l’eau. Mais ils n’ont pas le choix : leur devoir est de tirer tout le monde vers le haut. Finalement, il y a tellement d’attentes vis-à-vis des DRH qu’ils doivent faire attention à ne pas faire eux-mêmes de burn-out. En prenant de la distance, de la hauteur. Ce qui m’aide beaucoup, à titre personnel, c’est de discuter avec des pairs et des RH. Partager ses difficultés, ses baisses de moral et ses questionnements avec d’autres : ce qui me permet, aujourd’hui, de rester optimiste, c’est clairement le fait de faire partie d’un réseau de DRH (ANDRH). Si j’étais seule, ce serait sans doute plus compliqué.

 

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