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Un an de crise : le télétravail et les horaires flexibles séduisent moins les Français

Un an après la généralisation du télétravail, ce mode d’organisation séduit moins les salariés. C’est aussi le cas des horaires flexibles. Car si l’on se base sur “l’Observatoire des rythmes de travail” de Welcome to the Jungle, nombre d’entre eux sont actuellement en quête de stabilité et d’un “cadre plus structuré”. Dans cette période de crise, propice au stress et à l’épuisement professionnel.

Après avoir expérimenté le télétravail pendant un an, les salariés sont moins nombreux à le percevoir comme la clé de leur bien-être. Selon le 2e “Observatoire des rythmes de travail”, réalisé en janvier 2021 par Ipsos pour Welcome to the Jungle, les salariés continuent d’apprécier ce mode d’organisation, mais à petites doses. Idem concernant les horaires flexibles.

 

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Les entreprises aux horaires flexibles font moins rêver

Selon l’enquête, l’équilibre des temps de vie est pour eux le deuxième critère le plus important (89 %) pour contribuer à la QVT, après le salaire (90 %). Viennent ensuite l’intérêt du poste (88 %), puis la charge de travail et les horaires (85 %). L’on pourrait ainsi penser que les salariés serait encore plus demandeurs qu’avant de rythmes flexibles. Mais ce n’est pas le cas.

Quelques semaines avant la crise du Covid-19, ils étaient, selon la première édition de cette étude, 60 % à préférer travailler dans une entreprise permettant des horaires flexibles. Un an plus tard, ils ne sont plus que 56 %. Ils sont aussi moins nombreux à trouver que les dispositifs d’aménagement du temps de travail ont un impact positif sur leur bien-être (73 %, -6 points).

Selon l’étude, il s’agirait d’abord du contre-coup de l’expérience chaotique du premier confinement : “Le fait d’avoir expérimenté le télétravail et les horaires flexibles dans l’urgence, de manière subie et dans des conditions parfois contraignantes, a contribué à cette désaffection”. Ce sont surtout les parents-salariés (53 %, – 9 points) qui sont le moins séduits. “Le télétravail imposé lors du premier confinement les a impacté plus durement, car ils ont eu du mal à concilier vie pro et garde d’enfants”, analyse Federico Vacas, directeur adjoint chez Ipsos.

 

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Le besoin d’un cadre sécurisant

L’autre raison de ce “désamour” tiendrait à un besoin de stabilité en cette période de crise. “Il faut mettre ces chiffres en parallèle avec les résultats d’une étude d’Empreinte Humaine publiée en juin 2020, qui montre que 53 % des salariés souhaitent un encadrement du télétravail. Dans un monde où tout est volatile, où la stratégie de l’entreprise peut être remise en cause à tout moment, il est normal qu’ils aient un besoin plus fort de repères”, analyse Michel Barabel, directeur de l’Executive Master RH de Sciences Po Paris, cité dans l’enquête.

En outre, les salariés des grandes villes, délivrés de temps de transports importants avec le télétravail, ne sont pas, contre toute attente, plus nombreux à demander des horaires flexibles. Ceux résidant dans des métropoles de plus de 100 000 habitants (48 %, -3 points) sont même “moins en faveur” de ce dispositif qu’il y a un an. Et “partisans” d’horaires fixes.

“Le temps que les salariés en télétravail gagnent en transport, ils le réinvestissent souvent en temps de travail, en travaillant plus… Si on ajoute à cela l’usure des outils collaboratifs qui poussent à la micro-tâche, les réunions qui s’enchaînent… On peut comprendre qu’ils aspirent à un cadre plus structuré, quitte à revenir aux horaires fixes de bureau”, explique Michel Barabel. Ainsi, ce désir de revenir vers des horaires fixes “révèle le besoin de retrouver des repères et d’être protégé contre les dérives potentielles de l’hyper-flexibilité”.

 

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Une cadence de travail “satisfaisante, mais qui ne cesse de s’accélérer”

Globalement, les salariés travaillent moins qu’il y a un an : 8 h 10, contre 8 h 22. Par ailleurs, le temps de pause a augmenté de 20 minutes, passant de 1h23 min à 1h43 min. L’une des raisons l’expliquant serait la plus grande “attention des entreprises envers les besoins de leurs collaborateurs en matière de rythmes de travail (57 %, +1 point).”

Mais cela ne signifie pas que les cadences se sont ralenties. Au contraire. Si davantage de salariés considèrent qu’ils sont “plus compatibles avec leur bien-être” (66 %, + 2 points), ils sont aussi 50 % à déclarer qu’ils n’ont “pas le temps d’apprendre des choses nouvelles”, qu’ils “doivent travailler dans l’urgence” et que “le temps manque pour faire un travail de qualité ”.

 

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Des cadres pessimistes

Les cadres sont ceux qui ont “le plus l’impression que leur équilibre s’est amélioré”  (31 %). Ils sont aussi ceux qui ont le plus recours au télétravail partiel (29 %) ou complet (38 %). “On peut supposer qu’ils disposent le plus de souplesse pour gérer leurs temps de vie. En outre, les entreprises ont eu le temps d’améliorer leurs pratiques RH et managériales”, note l’étude.

Mais pour autant, les personnels d’encadrement se montrent pessimistes quant à l’évolution des cadences de travail. Ainsi, ils sont moins nombreux cette année (37 %, -8 points) à estimer que leur rythme s’est amélioré au cours des 5 dernières années. En outre, ils  “sont plus nombreux (51 %, +15 points) à avoir l’impression que leur entreprise n’a pas fait d’efforts pour mettre en place des mesures de flexibilisation des rythmes de travail (hors période exceptionnelle de crise sanitaire)”.

 

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Semaine de 4 jours et horaires flexibles restent malgré tout plébiscités

Ultime paradoxe : le dispositif le plus plébiscité en 2021 est celui des horaires flexibles (68 %), devant la semaine de 4 jours (66 %). “Cela démontre que si les salariés sont séduits par la souplesse horaire, ils n’adhèrent pas à la manière dont elle est pratiquée actuellement dans les entreprises”, conclut Jeremy Cledat, CEO de WTTJ.

 

 

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