Point de vue – Cette année, Lisbonne accueille le Web Summit, pour la 3e année consécutive, du 5 au 8 novembre 2018. Le Premier ministre António Costa a annoncé que l’événement se maintiendrait à Lisbonne jusqu’en 2028, rêvant pour le Portugal du titre de “pays des start-up”. Par Olivia Allard, fondatrice des pépinières d’entreprises Perigord.
Cette annonce est un immense succès pour ce pays de 10 millions d’habitants encore déclaré en faillite il y a moins de 5 ans, les chiffres sont vertigineux :
– 121 incubateurs ;
– 2 300 start-up ;
– 600 création de start-up par an ;
– 70 % des investissements venant de l’étranger ;
– et cerise sur le gâteau un taux d’échec des jeunes pousses le plus bas d’Europe.
La France est le deuxième investisseur direct étranger au Portugal avec 1 000 filiales françaises installées. De plus, elle est aussi le principal employeur étranger dans le pays. Au Portugal, 80 000 personnes travaillent dans des entreprises françaises. Les sociétés françaises sont aujourd’hui leader en matière de création de valeur au Portugal en investissement de recherche et développement. De grands groupes tels qu’Auchan, La poste, BNP Paribas… en ont fait leur marché test en termes de digitalisation de leur offres afin de capitaliser les succès et de limiter les échecs sur ce petit pays de 10 millions d’habitants mais tellement représentatif du comportement européen moyen des consommateurs et clients.
Start-up Portugal
Ce coup de maître pour garder captif la plus importante conférence sur les technologies et salon de start-up du monde pour les 10 prochaines années est une aubaine pour nos “French Tech”. Pour preuve, l’augmentation du nombre d’entreprises françaises au Web Summit, avec 200 French tech en 2018 en faisant un des 3 pays les plus représentés.
Pas moins de 60 000 personnes de 170 pays ont participé à l’édition 2017 du Web Summit et plus de 2 100 start-up, dont 270 portugaises. Par ailleurs, 2 500 journalistes ont assuré la couverture de l’événement. En 2018, l’organisation prévoit d’accueillir plus de 70 000 personnes et 2 600 journalistes.
Parmi les participants attendus cette année figurent notamment : la Commissaire européenne à la concurrence, Margrethe Vestager ; le commissaire européen à la Recherche, à la Science et à l’Innovation, Carlos Moedas ; le président de Microsoft, Brad Smith ; le champion d’échecs russe, Garry Kasparov ; le président de Samsung, Young Sohn ; le PDG de Tinder, Elie Seidman et le fondateur de Medium et cofondateur de Twitter, Evan Williams.
En ce qui concerne la présence française cette année, outre le secrétaire d’État chargé du Numérique, Mounir Mahjoubi, sont prévus la députée au Parlement européen et ancienne ministre, Rachida Dati, et le fondateur et PDG de la start-up Rythm, Hugo Mercier.
Marché test
Ce hold-up sur la plus importante conférence mondiale sur les technologies s’accompagne de mesures d’accueil à l’installation du gouvernement portugais aux start-up étrangères. Et d’un engouement certain de nos grandes entreprises européennes qui implantent des filiales au Portugal pour étudier le passage au numérique de leurs activités. Car ce petit pays de 10 millions d habitants représente un parfait marché test des comportement de consommation numérique européen.
En effet, à la suite de la crise, le Portugal a repris son programme de modernisation de l’administration publique et a lancé des initiatives pour l’innovation des entreprises, dont une stratégie nationale pour l’entrepreneuriat et les start-up intitulée “Start-up Portugal”. Cette stratégie comprend une quinzaine de mesures, réparties autour de trois grands axes (écosystème, financement et internationalisation) ; elle vise à assurer le développement des entreprises et à leur permettre de générer une plus grande valeur ajoutée pour l’économie. “Start-up Portugal” prévoit notamment des bénéfices fiscaux pour ceux qui investissent dans les start-up (“programa semente” = programme amorçage), des aides à l’embauche de personnel qualifié, la mise en place d’un réseau national d’incubateurs et la création d’un “chèque incubation”. L’initiative “Start-up Portugal” a été renouvelée au mois de juillet 2018 avec la mise en place de nouvelles lignes de crédit, le cofinancement d’un fonds d’investissement pour attirer des fonds de capital-risque et la création d’un programme d’attribution de visa pour les entrepreneurs et travailleurs qualifiés originaires de pays non-européens. Le gouvernement a aussi annoncé la création d’un centre pour l’innovation du tourisme.
La ville de Lisbonne est particulièrement dynamique, avec 32 incubateurs et accélérateurs et plus de 50 espaces de coworking. Selon la mairie, les incubateurs de la ville accueillaient près de 500 start-up en 2016. Depuis 2014, ce secteur a créé plus de 5 700 emplois. En 2018, la mairie et l’incubateur Start-up Lisboa ont débuté la construction du Hub Criativo do Beato, un ensemble de 35 000 m2 qui sera un des plus grands hubs d’entrepreneuriat d’Europe avec, notamment, un centre d’innovation de Mercedes-Benz et un campus de Factory, gestionnaire du principal incubateur de start-up d’Allemagne. La mairie prévoit qu’Hub Criativo do Beato permettra la création de 3 000 emplois et pourrait être agrandi jusqu’à 100 000 m2.
Source :
Service économique de l’ambassade de France